samedi 25 janvier 2020

Utiliser à bon escient les récompenses et le renforcement positif dans le cadre des interventions correctives

Franck Ramus l’explique et le développe dans sa conférence « De la perturbation à l’implication : comment faire adhérer les élèves ? ». L’usage des récompenses est naturel et généralisé en classe. Tous les enseignants donnent d’une façon ou d’une autre des récompenses et des encouragements à leurs élèves. Mais comment les distribuer pour qu’ils soient réellement efficaces et puissent influencer favorablement le comportement des élèves ?


(Photographie : Adrien Blondel)


La meilleure façon de diminuer la fréquence d’un comportement que l’on juge perturbateur en classe n’est pas de s’attaquer directement à lui en le punissant, mais de renforcer le comportement opposé positif.



Identifier le comportement opposé positif


La première étape consiste à identifier quel est le comportement opposé positif qui est le correspondant de celui que l’on veut voir régresser ou même s’éteindre à terme.

Cette étape représente un réel défi pour un enseignant, car en général, pour les remarquer ou les mettre en évidence, il nous faut lutter contre et dépasser notre biais de négativité.

Ce comportement opposé positif n’est pas forcément facilement visible, car il peut être présent en creux comme une non-présence de la perturbation en question. Il peut ne pas être aisé de le remarquer, car ce comportement positif fait partie de l’attendu en classe. On remarque facilement quand un élève est perturbateur, car sa non-conformité le met en évidence et le rend saillant. Il tend à passer inaperçu lorsqu’il ne l’est pas, car il est alors complètement dans la norme visée.




Comment renforcer ?


Il existe deux cas de figure :

  1. Les comportements opposés positifs apparaissent déjà dans la panoplie comportementale de l’élève. Il les exprime épisodiquement et il est possible de les repérer en classe.
  2. Les comportements opposés positifs n’apparaissent pas dans la panoplie comportementale de l’élève.
    1. Dans ce cas, on peut décider de les enseigner explicitement. Une des grandes forces du soutien au comportement positif est de procéder à l’enseignement des routines en classe. Cette approche de la gestion de classe propose également des interventions en petits groupes d’élèves si nécessaire.
    2. Une fois enseignés et mis en évidence pour les élèves concernés, les comportements attendus apparaissent ensuite dans le comportement de l’élève de manière épisodique.
  3. Les comportements opposés positifs ne sont jamais exprimés par l’élève concerné. Peu importe qu’ils lui aient été enseignés ou non.
Le principe est de renforcer les occurrences du comportement opposé positif dans un premier temps systématiquement, cela dès qu’ils apparaissent. Par la suite, on rend le renforcement non systématique et aléatoire pour ne pas créer un rapport de dépendance entre comportements attendus et renforcements.

Cette mise en place ne présente pas de réelle difficulté dans les deux premières situations. Il faut simplement rester attentif et renforcer les comportements opposés positifs dès qu’ils se présentent.

Dans une situation plus complexe comme la troisième, d’autres pistes sont possibles :

  1. Les comportements opposés positifs sont inexistants ou n’apparaissent quasiment jamais, on ne peut donc les renforcer :
    1. On commence par renforcer toute période pendant laquelle le comportement perturbateur ne se manifeste pas. 
    2. Par exemple, un élève se moque et dénigre très régulièrement d’autres élèves et adopte un ton similaire vis-à-vis de l’enseignant même. La présence d’interactions positives est rarissime. Au moment où il va se taire et ne pas intervenir, on peut le renforcer. En absence du comportement opposé positif, il est possible de renforcer l’absence du comportement perturbateur.
    3. Au fur et à mesure, l’enseignant va attendre des périodes de plus en plus longues d’absence du comportement perturbateur pour offrir du renforcement.
    4. La fréquence du comportement perturbateur devrait régresser.
  2. Lorsque tous les comportements d’un élève sont indésirables en permanence en classe :
    1. On commence par lister et classifier les différents comportements. On identifie les comportements les plus perturbateurs dont on va tenter de diminuer la fréquence. On isole également des comportements perturbateurs mineurs dont on va se servir pour le renforcement. 
    2. En toute logique, le renforcement positif va augmenter la fréquence des comportements les moins indésirables et diminuer la fréquence des comportements les plus indésirables. 
    3. Au fur et à mesure, le type de comportement renforcé change pour obtenir une progression générale dans le comportement. Il s’agit de sélectionner stratégiquement les comportements à atténuer et ceux à renforcer en parallèle. 
    4. Tout nouveau progrès, toute amélioration dans un comportement donné, sera à renforcer. 
    5. Le processus est maintenu jusqu’à l’obtention d’éléments de comportement acceptable.
    6. À partir de là, un mode de renforcement des comportements opposés positifs peut être mis en place.
La conclusion est que même dans des situations parfois extrêmes, le renforcement peut porter ses fruits tandis qu’une utilisation exclusive de démarches punitives mènerait à une impasse


Le principe général du renforcement positif demande de sélectionner les comportements les plus intéressants à renforcer même s’ils ne sont pas idéaux. Ensuite, au fur et à mesure que les progrès arrivent, on adapte les modalités de renforcement. En procédant de la sorte, on augmente parallèlement et très progressivement les niveaux d’exigence et le comportement d’un élève.




Usage des récompenses en classe


Les récompenses regroupent tous les événements et éléments, qui lorsqu’ils sont introduits permettent d’augmenter la probabilité d’un comportement ciblé. Elles participent au renforcement positif.

Lorsque nous considérons le terme récompense, il faut veiller à ne pas se limiter aux stéréotypes réducteurs qu’il est possible d’y associer. Il ne s’agit en effet pas uniquement de biens matériels, de bonbons, de gommettes ou de récompenses couteuses.

Les récompenses dépendent pour une part de chaque élève. Chacun peut avoir ses préférences et ses spécificités. Ce qui peut fonctionner comme une récompense chez un élève peut ne pas du tout fonctionner chez un autre.

De même, il ne s’agit pas de réduire ce que l’on entend comme récompenses à ce que les élèves sont capables d’identifier consciemment comme récompenses.

Avant d’utiliser certaines récompenses, il est prudent de s’assurer qu’elles sont susceptibles de fonctionner et qu’elles seront perçues telles quelles par l’élève concerné.




Des récompenses réduites, fréquentes et dans la foulée


De manière générale, il vaut mieux donner de petites récompenses fréquentes et immédiates. Elles seront plus efficaces que de grandes récompenses rares ou lointaines.

Il existe des contre-exemples de récompenses qui intuitivement peuvent nous sembler efficaces, mais qui dans les faits n’ont qu’une probabilité faible d’agir efficacement en tant que renforcement.

Il s’agit par exemple de ces situations où des parents pour stimuler le travail et la réussite scolaire de leur enfant lui promettent un cadeau conséquent. La condition est qu’il leur ramène un bon bulletin à la fin du trimestre ou de l’année scolaire.

D’une manière équivalente, cela correspondrait à des enseignants qui feraient la promesse d’une sortie scolaire à caractère ludique, à la fin de l’année scolaire, si leurs élèves se comportent bien jusque là.

Dans les deux cas, cela, cela semble sur papier constituer une récompense intéressante, motivante ou alléchante pour des élèves, mais :

  1. L’obtention de la récompense est tellement éloignée et décalée, qu’elle en perd tout effet d’amorçage pour renforcer le bon comportement et contribuer à l’extinction du comportement inadéquat. La récompense est tellement postposée que ça n’a plus que très peu d’effet renforçant. Il n’y a pas d’amorçage direct pour le comportement positif.
  2. Il y a une déconnexion entre l’exécution du comportement et la récompense. On souhaite voir une diminution de la probabilité du comportement inadéquat et une augmentation de la fréquence du comportement adéquat avant même de distribuer la récompense. Ça ne marche pas bien dans ce sens. La récompense tend à renforcer un comportement ultérieur et non pas antérieur. 
  3. Réussir ses évaluations ou être respectueux et apprendre en classe ne sont pas des comportements en eux-mêmes, mais des conséquences de comportements. Demander à un élève d’avoir un bon bulletin, comme de le sermonner dans l’espoir qu’il se comporte ensuite avec sérieux en classe risque de ne pas servir à grand-chose. Il n’y a pas d’articulation concrète avec des comportements spécifiques à renforcer ou à éteindre.

Ce qu’il faut récompenser ce sont les comportements qui aboutissent au bon bulletin, ou à un engagement positif dans des activités en classe. Cela passe par le fait de faire des efforts, d’utiliser de bonnes stratégies et d’adopter les routines comportementales attendues et spécifiées en classe.

Tout comportement, qu’il soit d’étude, d’engagement, d’apprentissage ou d’attitude en classe, ne peut pas se décréter. Il ne peut être renforcé durablement, de manière immédiate et fréquente par une injonction, un sermon ou une récompense à long terme.

Par exemple si les élèves ont bien travaillé et se sont bien comportés en classe lors d’un cours, l’enseignant a plutôt intérêt à le leur signaler et à effectuer un renforcement positif. Il peut par exemple terminer quelques minutes plus tôt pour leur permettre par exemple de commencer un devoir et leur donner des conseils pour celui-ci.

En tant que parent, il s’agirait de conditionner un accès à la console de jeu, à un temps donné, minuté en soirée. Il y a accès grâce à un travail scolaire préalable fourni avec toute la profondeur et le sérieux attendu, planifié et efficace. Il y a beaucoup plus de chance que cela motive un élève à travailler, plutôt que si l’accès est réservé au weekend après la remise de résultats corrects dans diverses branches qu’il aurait engrangés sur la semaine. Du coup, on renforce le travail efficace et non les performances en matière de résultats, ce qui est une stratégie bien plus payante à long terme.

Pour les enseignants, avant de sortir la carte d’une récompense à long terme pour la classe, il faut déjà avoir exploré le champ du renforcement quotidien. C’est la première carte à jouer afin d’obtenir et d’assurer leur engagement possible dans la durée et avec stabilité. Il est plus utile de renforcer le calme jour après jour, grâce à de petites récompenses régulières et non systématiques.



Variété des récompenses


Quelles sont les récompenses dont on peut faire usage en tant qu’enseignant ?

  1. Le premier type de récompense et le plus essentiel, est celui de l’attention positive que l’on va porter aux élèves :
    • Il s’agit d’exprimer de l’empathie, un état d’esprit positif, de l’approbation, cela passe par une expression bienveillante, des sourires, de l’humour, de l’enthousiasme et de la bonne humeur.
    • À l’opposé, l’attention négative est à utiliser avec parcimonie. Elle marche certes, mais à court terme. L’enseignant peut faire usage d’une expression menaçante, d’un regard noir. Il peut manifester de la désapprobation, sermonner, rappeler à l’ordre, se fâcher ou réprimander. Non seulement cela n’apporte pas de solution à long terme, mais cela peut aussi renforcer les comportements perturbateurs. 
    • Il faut garder ces manifestations intempestives d’énervement de l’enseignant sous contrôle. Les élèves peuvent prendre conscience du processus et s’amuser à déclencher ce comportement négatif chez un enseignant. Cela peut également mener à l’établissement d’un cycle de coercition.
  2. Les compliments sont de bons renforcements, à condition d’être sincères, spontanés, authentiques et plausibles :
    • Il est inutile et contre-productif de récompenser un élève pour quelque chose qu’il n’a pas bien fait, dont il n’est pas responsable ou qui ne représente aucun effort pour lui, juste de la normalité. Il risque de considérer qu’on essaie de la manipuler. 
    • Il est important de faire un compliment bien et discrètement, d’individu à individu, sans mise en scène.
    • L’enseignant peut renvoyer un compliment vers la classe entière par exemple à la fin d’un cours qui s’est particulièrement bien passé. Il exprime clairement sa satisfaction personnelle et le bénéfice que cela représente pour tous. 
    • La manière dont on va donner un compliment a un effet multiplicateur potentiellement puissant sur le renforcement positif concrètement généré.
  3. L’enseignant peut explorer la piste des privilèges : obtenir une priorité, un rôle valorisant, le droit d’effectuer un choix, d’être dispensé d’une tâche, etc.
  4. Dans le cas des plus jeunes élèves :
    • On peut utiliser des récompenses matérielles peu couteuses, d’images, des autocollants, des crayons ou des petits objets. 
    • On peut également utiliser des récompenses immatérielles : des activités, jeux, récréations, etc.  
    • Pour compiler tout ça, on peut utiliser des systèmes de points, de jetons ou de vignettes. On met en place une forme de système monétaire qui est convertible en récompenses tangibles matérielles ou en récompenses réelles. Les points s’accumulent au fur et à mesure, l’enseignant n’en retire jamais. Ils vont pouvoir être convertis en certaines récompenses, qui sont préétablies au départ.



Bibliographie


Ramus, F. (2019). De la perturbation à l’implication : comment faire adhérer les élèves ? Conférence à l’ISP-Faculté d’Éducation, Paris, 22/05/2019

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