dimanche 22 février 2026

Enseigner explicitement un programme comportemental à l’échelle de l’école

Un bon comportement est fondamental pour que l’école puisse accomplir ses missions. Suite et fin de la synthèse et quelques développements autour du rapport de Tom Bennett (2023) pour le Centre for Independent Studies.


(Photographie : Ivan Shehtel)



Une exigence d’efficacité et de coopération


Une école a le devoir d’enseigner à tous les élèves des habitudes de conduite qui maximiseront leurs possibilités d’apprentissage, leur sécurité et leur dignité. 

Cette priorité peut sembler surfaite si l’école accueille principalement des élèves issus de milieux favorisés, habitués à des comportements propices à la réussite scolaire. Avec ce type de public, une école bénéficiera naturellement d’un niveau élevé de conformité et ne devra faire face qu’à des perturbations relativement mineures et occasionnelles. La gestion du comportement se révèlera essentiellement simple.

Par contre, l’école peut s’adresser à une communauté d’apprenants moins favorisée ou docile et qui ne répond pas proactivement et préventivement. Elle sera confrontée à un taux élevé de mauvais comportements et devra mener sans cesse les mêmes combats, épuisants et interminables.

Dans cette perspective, l’enseignement explicite d’un programme comportemental concernera les routines et les règles de base qui régissent la conduite à adopter à l’école. L’idée ne sera pas de contrôler les élèves, elle sera de les libérer, de les protéger, de les aider à s’épanouir et à s’élever. Nous voulons les amener à une autonomie responsable. 

Tous les élèves ne sont pas naturellement aussi doués que nous le souhaiterions pour adopter ces comportements que nous souhaitons. En tant que novices, ils ont besoin d’être guidés. Lorsque les élèves apprennent collectivement le programme comportemental, celui-ci agit comme un code de conduite collectif.

Les écoles qui y parviennent établissent un cadre clair non seulement sur ce qu’elles veulent que les enfants ne fassent pas (ce qui est important), mais aussi sur ce qu’elles veulent qu’ils fassent. 

Dans chaque métier, nous nous attendons à former les gens pour qu’ils soient rapidement prêts à être productifs. Dans l’éducation, nous supposons souvent que les élèves savent déjà ce qu’ils doivent faire et pourquoi c’est important. Cela condamne certains élèves à l’échec, en particulier ceux qui ont déjà un mauvais comportement.

Les écoles devraient consacrer une partie importante du début de l’année à enseigner ce programme comportemental aux élèves. Elles ne doivent pas se contenter de leur donner une charte sous forme de liste de règles à coller dans leurs cahiers, qui seront vite oubliées.



Une démarche sécurisante pour les élèves et les enseignants


L’objectif est de définir et d’encadrer l’enseignement des routines comportementales à suivre dans les situations quotidiennes simples à l’école. Il s’agit entre autres de l’entrée en classe, des règles de conduite dans le réfectoire, du comportement dans les couloirs, des attentes en matière de devoirs, de présence, etc. 

Les routines scolaires peuvent varier d’une école à l’autre, mais toutes les écoles performantes appliquent ce processus et renouvellent régulièrement la démarche si nécessaire afin de l’ancrer dans les habitudes des élèves. Plus les routines scolaires sont nombreuses et claires, plus les élèves les adoptent facilement. De plus, la cohérence dans toute l’école est essentielle. S’il existe une norme comportementale à l’échelle de l’école, elle doit être adoptée partout et par tous.

La démarche est sécurisante pour les élèves. Ils aiment savoir ce qu’on attend d’eux, car ils aiment réussir. Ils ne veulent pas seulement éviter les ennuis. Ils aiment être bons dans quelque chose, être appréciés par leur communauté, faire ce qu’il faut, car ils savent ce qu’il faut faire, parce qu’on le leur rappelle constamment. 

Les élèves aiment se sentir en sécurité. Le fait de les plonger dans un environnement complexe et difficile sans le soutien d’un programme comportemental ne fait que leur causer de l’anxiété et de l’incertitude.

Le personnel préfère également cette situation. Cela signifie savoir ce à quoi correspond faire du bon travail et connaître les attentes à son égard dans ce processus. L’équipe éducative doit être formée non seulement pour connaître le programme comportemental, mais aussi pour savoir comment l’enseigner à ses élèves, comment le faire respecter. Les enseignants doivent savoir quoi dire et quoi faire lorsque les choses tournent mal (continuum) ou bien (renforcement). 

Il s’agit là de la mise en œuvre pratique et concrète d’une culture scolaire. Même lorsque nous avons des règles, si personne ne les respecte ou ne les fait respecter, alors il n’y a pas de règles. La culture doit se vivre et ne pas être simplement sur papier.

Plus le personnel soutient collectivement ces attentes à l’échelle de l’école, plus elles sont respectées par les autres, plus il devient facile de les mettre en œuvre et plus les élèves s’y conforment. 

L’incohérence est un facteur de destruction dans ce processus. Lorsque nous savons que les normes ne sont pas toujours des normes, et que les limites et les attentes sont erratiques, ambiguës ou fluctuantes, les bonnes habitudes ne parviennent pas à se former.

La manière dont nous devons aborder le comportement dans les écoles ne passe pas par des interventions isolées, mais par des processus tels que le programme d’études comportementales, qui imprègne chaque élément du corps scolaire. 

De nombreuses écoles n’ont pas une idée claire de leur propre culture ni de la manière de la créer, et finissent par agir de manière erratique et interventionniste a posteriori. Elles tentent simplement d’enseigner le programme scolaire aux élèves, puis réagissent aux mauvais comportements par une forme de réponse réactive lorsqu’ils se manifestent.

Le cœur de la gestion du comportement est le programme comportemental. Il sera ensuite renforcé par des stratégies préventives et réactives. Les meilleures écoles créent un environnement propice à un bon comportement, car ce comportement a été clairement défini, enseigné, expliqué, renforcé et réenseigné en permanence par des rappels et des conversations. 



Rétroaction liée au comportement des élèves


Lorsque les attentes comportementales enseignées explicitement ne sont pas rencontrées, nous réagissons au comportement des élèves. Nous voulons renforcer les comportements souhaités, les rendre habituels, et réduire la fréquence des comportements indésirables, les rendre rares. 

La rétroaction est une approche pédagogique associée à l’évaluation formative, il s’agit de l’un des processus les moins coûteux et les plus efficaces qu’un enseignant puisse employer. L’objectif est d’accompagner les élèves de commentaires de haute qualité sur leur comportement, afin qu’ils puissent l’améliorer ultérieurement. 

Il existe une variété de formes de rétroaction :
1. La rétroaction verbale : 
  • Elle est fréquente. Elle inclut les rappels, les avertissements, etc. 
  • Les élèves doivent recevoir en permanence des commentaires verbaux sur leur comportement. Ceux-ci doivent renforcer positivement leur progrès et offrir une rétroaction corrective qui leur indique comment s’améliorer. Le renforcement positif a un rôle important à jouer dans la manière dont nous encourageons certains comportements. Il faut célébrer la bonne conduite et les efforts fournis par les élèves. Les commentaires qui montrent que nous remarquons les efforts et les résultats d’un élève par rapport à sa situation peuvent avoir beaucoup d’impact.
  • Les élèves à qui l’on dit s’ils font ce qu’il faut ou non ont une idée claire de ce qu’ils doivent faire. Il faut des réponses ciblées et personnalisées pour les élèves qui ont des difficultés spécifiques diagnostiquées.
2. Les conversations : 
  • Plus rares, elles ont lieu après un cours ou en dehors du temps de cours. Le comportement de l’élève concerné y est abordé en détail. Les parents peuvent y être associés.
3. Les processus thérapeutiques : 
  • Elle est mobilisée lorsque les deux formes précédentes ne fonctionnent pas ou lorsque l’élève présente un trouble du comportement avéré.
  • Le comportement de l’élève est considéré comme étant lié à une forme de détresse ou de pathologie, qu’elle soit cognitive, comportementale, circonstancielle ou neurologique.



Sanctions liées au comportement des élèves


Parfois la rétroaction peut s’accompagner d’une sanction lorsqu’elle engage la responsabilité de l’élève dans un écart de comportement objectivé. Les sanctions ne sont pas au cœur de la gestion du comportement — c’est le programme comportemental qui l’est — mais elles constituent un filet de sécurité contre les comportements inacceptables. Elles sont le rempart des comportements acceptables.

Les sanctions doivent être très cohérentes et prévisibles. 

Si les enseignants les utilisent de manière erratique ou incohérente, leur effet dissuasif s’estompe et, ironiquement, il faut alors recourir à davantage de sanctions pour obtenir le même effet. 

Lorsqu’elles sont prévisibles, équitables et cohérentes, leur effet dissuasif est maximisé et le besoin de sanctions est considérablement réduit. Après quelques semaines de sanctions très cohérentes, la plupart des élèves — pas tous — réduiront leurs infractions aux règles. C’est la certitude, et non la sévérité, qui est ici essentielle. 

Les sanctions sont un élément essentiel du répertoire scolaire. Elles doivent être convenues à l’échelle de l’établissement, le personnel doit être formé à leur mise en œuvre et la direction doit les contrôler afin de garantir l’existence d’une culture scolaire dans ce domaine. 

Lorsque les écoles tentent de supprimer les systèmes de sanctions où les gèrent au cas par cas, la culture scolaire se désagrège. 

Les sanctions sont nécessaires pour fixer des limites, et les limites d’un comportement acceptable sont nécessaires pour la sécurité, la dignité, l’apprentissage et la société.


Considérer sérieusement le comportement des élèves


Les écoles n’ont pas les ressources ou la capacité de traiter chaque acte de mauvaise conduite comme indiquant un besoin de thérapie ou de processus thérapeutiques. Tout comportement n’est pas le résultat d’un besoin non satisfait ou une forme de communication. Souvent il s’agit de simples faiblesses humaines telles que le désir de s’amuser ou d’amuser ses pairs.

Les enseignants qui tentent de se transformer en détectives, thérapeutes ou psychologues amateurs se retrouveront déconcertés par la réalité. 

Les écoles être attentives aux difficultés dans la vie d’un enfant qui peuvent nécessiter une forme d’adaptation exceptionnelle. Cependant, traiter tous les enfants comme s’ils étaient blessés est inapproprié et inefficace. De nombreuses écoles ont échoué dans leur tentative de résoudre tous les comportements inappropriés par un soutien émotionnel, la pleine conscience et une indulgence sans limite envers les mauvais comportements.

Une autre piste inadaptée est la justice restaurative adaptée au contexte scolaire. Il n’existe aucune preuve de son efficacité à grande échelle en contexte scolaire. Dans le cadre d’une réponse globale à l’échelle de l’école, il existe certaines circonstances dans lesquelles les processus réparateurs peuvent être efficaces. Cependant, il s’agit d’un outil délicat et spécialisé, et non d’une approche globale à l’échelle de l’école.



Nature d’un programme d’enseignement comportemental


Un programme comportemental définit les comportements attendus à l’école, plutôt qu’une simple liste de comportements interdits. Il est axé sur ce à quoi ressemble un comportement réussi et le définit clairement pour toutes les parties. Un programme comportemental n’a pas besoin d’être exhaustif, mais doit représenter les habitudes et les routines clés requises à l’école. L’idée est que les élèves reçoivent des consignes claires et explicites sur les actions à entreprendre dans divers contextes et dans les transitions.

Ces comportements sont clairement enseignés, répétés et rappelés jusqu’à ce qu’ils deviennent une habitude pour tous les élèves. 

Les responsables sont encouragés à définir les comportements qu’ils souhaitent voir adopter par tous de manière rapide et efficace. Une fois ces comportements définis, ils peuvent être partagés, les enseignants formés, puis les élèves formés à les suivre. 

La valeur ajoutée de cette approche est que l’on enseigne aux élèves comment réussir, et pas seulement comment éviter l’échec. L’accent est mis sur ce qu’ils doivent faire, et non sur ce qu’ils ne doivent pas faire. 

Le programme comportemental doit être enseigné, adapté à l’âge des élèves et renforcé par la répétition. Il réduit la fréquence et la gravité des mauvais comportements en facilitant l’adoption des bons comportements dès le départ, ce qui réduit à son tour le besoin de sanctions punitives.

Par exemple, une école peut considérer que les élèves de 10 ans doivent entrer dans la classe de la manière suivante :
  • Entrer immédiatement sans parler
  • S’asseoir immédiatement après être entré
  • Enlever sa veste et son sac, les poser sur une chaise
  • Sortir ses livres et son matériel
  • Commencer l’activité d’introduction, écrite au tableau
  • Travailler en silence et prévenir l’enseignant lorsque le travail est terminé ou en cas de difficulté.
Il s’agit là de comportements incroyablement simples et directs. Alternativement, les enseignants passeront des heures à corriger les élèves qui ne font pas exactement cela. En enseignant clairement ces étapes simples (ou toute autre), les élèves comprennent clairement ce qu’ils doivent faire et sont beaucoup plus susceptibles de s’y conformer. Le manque de clarté engendre l’ambiguïté, ce qui rend les attentes beaucoup plus flexibles.


Mis à jour le 22/02/2026


Bibliographie


Bennett, T. (2023, October 5). Conduct becoming: The importance of the Behaviour Curriculum. The Centre for Independent Studies. https://www.cis.org.au/publication/conduct-becoming-the-importance-of-the-behaviour-curriculum/

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