samedi 29 juillet 2017

Pour un usage immodéré de l'évaluation formative! (partie 4 : comment faire un feedback efficace)

On entre maintenant dans le vif du sujet et le coeur de l'évalutation formative, c'est à dire la rétroaction ou feedback : 






6.     Dimension cognitive du feedback sur les performances de l’élève

a.     Le feedback dépend des normes de référence utilisées par l’enseignant.
                                               i.     Les comparaisons sociales sont à éviter : elles sont encouragées par la distribution des notes établissant une hiérarchie entre élèves.  Ce type de démarche met l’accent sur l’importance de dépasser son voisin. Il a été démontré que cette forme de compétition réduit le niveau des résultats scolaires et a des effets négatifs sur l’estime de soi des élèves. Dans cette démarche, les enseignants ont tendance à attribuer les différences entre élèves à des différences de capacités et à penser que celles-ci sont extrêmement stables dans le temps.  Les élèves à résultats médiocres auront toujours des résultats médiocres, alors que les bons élèves auront toujours de bons résultats dans leur scolarité. L’évaluation formative est personnelle et individualisée. Elle permet d’informer l'élève sur son évolution propre et ne compare pas son savoir-faire et ses comportements à ceux de ses condisciples. En situation de comparaison, les élèves les plus faibles se convainquent qu’ils manquent de capacités et perdent ainsi motivation et confiance.
                                              ii.     La comparaison individuelle est à promouvoir: l’accent est mis sur l’amélioration, l’effort et l’apprentissage plutôt que sur la notation, les différences de niveau ou le fait d’avoir de meilleurs résultats que les autres. On tient compte des résultats antérieurs et de leur évolution.  L’élève enregistre directement toute amélioration éventuelle de sa performance, ce qui est susceptible d’améliorer sa compétence perçue. Les enseignants félicitent alors ceux qui progressent dans le temps et critiquent de manière constructive ceux qui stagnent ou régressent.  Ce type de comparaison a un effet positif marqué sur les élèves les plus faibles. Le feedback qui fait référence aux progrès d’un élève et aux possibilités d’amélioration de son travail peut aider à compenser l’effet négatif des comparaisons sociales inévitables. Le fait que les enseignants évoquent les progrès graduels des élèves a des effets positifs sur : la motivation intrinsèque, l’estime de soi, le niveau de confiance des élèves dans leurs capacités scolaires, les attributions causales et l’apprentissage.
b.     L’effet du feedback dépend des conceptions qu’entretiennent les élèves sur les buts de l’apprentissage, les risques à répondre de telle ou telle manière et ce en quoi le travail d’apprentissage devrait consister.  Ces conceptions influent toutes sur leur motivation à agir dans un sens ou dans l’autre et sur la nature de leur engagement dans la ligne de conduite choisie. 
c.      L’évaluation formative influence la motivation des apprenants. En effet, l’évaluation formative permet aux apprenants de situer leur compétence par rapport aux exigences demandées. Si l’écart est trop grand la motivation risque d’être réduite par contre, si les apprenants perçoivent que leur progression est adéquate leur motivation pourrait être accrue.
d.     La cotation chiffrée est à éviter :
                                               i.     Les mauvaises notes démotivent très souvent les élèves en particulier ceux qui fournissent des efforts mais qui ont des difficultés. Il ne suffit pas de mettre en évidence uniquement ce que l’élève échoue à faire mais insister également sur le chemin déjà parcouru, sur ce que l’élève sait déjà faire et mettre en évidence toute progression et toute réussite.
                                              ii.     Pour les élèves, les notes peuvent être l’équivalent d’un salaire. Elles récompensent leurs mérites et permettent le passage dans la classe supérieure et l’estime de leurs parents. Utiliser l’évaluation formative permet de désamorcer en partie ces conceptions car les résultats n’ont pas de portée certificative et sont donc uniquement des indicateurs d’une autre donnée qu’est l’acquisition des compétences visées.  L’élève garde une marge d’action à l’issue de l’évaluation formative. Participant à l’information de l’élève sur le contenu et de l’évaluation et sur la qualité de sa préparation, l’élève garde la possibilité d’agir sur ses résultats et cette dimension peut à la fois améliorer ses résultats certificatifs et restaurer la confiance.
                                            iii.     Si les commentaires portés sur les copies aident les élèves à apprendre, accompagner ces commentaires d’une note ou d’une marque de classement a un effet contraire dû au fait que les élèves ont alors tendance à ignorer ce commentaire au profit de la note. Les commentaires doivent indiquer aux élèves et à leurs parents les moyens d’améliorer les connaissances des premiers. Les commentaires permettent ainsi de ramener l’attention des uns et des autres sur les questions d’apprentissage et de la détourner de l’interprétation des notes.  Des procédures amenant les élèves à travailler sur ces commentaires doivent être intégrées au processus d’apprentissage global.  Les commentaires doivent donc indiquer ce qui a été bien fait et ce qui demandait à être amélioré et comment ce progrès pouvait être réalisé.
e.     Félicitations et critiques ont des résultats paradoxaux : l’élève peut se dire simplement qu’il est intelligent ou stupide,  n’amorçant pas de réflexion.  Ainsi, le feedback qui sollicite l’égo (même sous forme de félicitations) au lieu de porter sur la tâche concernée peut nuire aux performances :
                                               i.     Les félicitations ne débouchent pas automatiquement sur une augmentation de la compétence perçue et les critiques ne débouchent pas automatiquement sur un recul de la compétence perçue.  Le feedback de l’enseignant est susceptible d’avoir un effet paradoxal, dans la mesure où les félicitations ont des effets négatifs, alors que les conséquences de la critique peuvent être positives.
                                              ii.     De son point de vue, qui est celui de l’attribution, l’effet des félicitations est fonction de leur interprétation par l’élève. Si les félicitations sont attribuées à la capacité, le sentiment de compétence est susceptible d’augmenter. Si elles sont attribuées à l’effort, le sentiment de compétence peut même le cas échéant diminuer (si l’effort soutenu est perçu comme indicateur d’une faible capacité, surtout après des tâches simples).
                                            iii.     Ces observations ne dévaluent pas obligatoirement le feedback en tant que mesure formative utile, mais elles incitent à la prudence dans les situations quotidiennes où un feedback est fourni.
f.      Faire intervenir les élèves, en tant que partenaires dans le processus d’apprentissage, en les encourageant à assumer la responsabilité de leur apprentissage, à se féliciter, à être fiers de leurs réussites, à discuter de leur apprentissage avec leurs camarades, le personnel enseignant et leurs parents et, d’une manière générale, à développer leur volonté d’améliorer efficacement leur rendement.
g.     Les élèves profitent davantage des feedbacks sous forme de suggestion ouverte de la part de l’enseignant – plutôt que des feedbacks plus normatifs, directifs, définitifs – parce qu’ils leur laisseraient une marge de manœuvre, la possibilité de décider et d’agir en fonction de ce qui est significatif pour eux.
h.     Les résultats des élèves s’améliorent aussi lorsqu’ils travaillent sur des objectifs de processus et pas seulement sur des objectifs de produits et lorsqu’ils suivent leur progrès vers la réalisation des objectifs d’apprentissage.
i.       La rétroaction donnée aux apprenants lors de l’évaluation formative doit être «circonstanciée et appropriée aux moyens de franchir une étape ou surmonter un obstacle (le comment faire)» et non pas un commentaire général donné sur l’apprenant lui-même ou les efforts fournis, par exemple «tu as bien travaillé» ou «cette réponse est confuse». Les commentaires de la rétroaction doivent être : «positifs, constructifs, spécifiques, liés aux résultats d’apprentissage». Il doit intervenir au moment opportun, être précis et comporter des conseils pour améliorer les performances futures. Un bon feedback se rattache également à des critères explicites relatifs aux performances attendues, ce qui rend le processus plus transparent et montre aux élèves comment utiliser les compétences du « savoir apprendre », de méthode, de mémorisation, il comprend des conseils sur les moyens d’améliorer le travail.
j.       En cas de faiblesse identifiée, au lieu de donner une réponse directe aux élèves, il est intéressant de s’efforcer plutôt à leur donner des indices, les renvoyer vers leur cours, pour leur permettre de parvenir eux-mêmes à la réponse.

k.     Les enseignants doivent se donner pour but d’inculquer à leur élèves l’idée que la réussite tient à des facteurs spécifiques internes fluctuants, comme l’effort, plutôt qu’à des facteurs généraux stables tels que la compétence (interne) ou le fait d’être bien considéré par le professeur (externe).  L’importance que les professeurs attachent à l’effort plus qu’à l’aptitude joue également un rôle non négligeable dans l’idée que les élèves se font d’eux-mêmes.

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