mardi 25 août 2020

Le cadre de la modification des comportements problématiques en contexte scolaire

L’analyse appliquée du comportement (applied behavior analysis) appartient à une vaste mouvance en psychologie et psychiatrie. Son objet est la modification du comportement. Elle englobe toute une série d’interventions, principalement dans le contexte de la psychothérapie, mais aussi de l’éducation et de la réhabilitation.



(Photographie : Guzkahvesi)


Cette approche peut être mobilisée dans le contexte scolaire lorsqu’un ou plusieurs élèves ne répondent pas aux interventions traditionnelles dans le cadre de la gestion du comportement.  Plus spécifiquement on se trouve alors au niveau 3 d'une approche de type réponse à l'intervention.

L’analyse appliquée du comportement s’inspire des recherches effectuées en psychologie de l’apprentissage afin de développer des interventions efficaces et rigoureuses.


Mode d’application


Un programme de modification des comportements doit être conçu par une personne qui y a été formée. Il nécessite de réaliser une analyse fonctionnelle au sujet de l'élève en question. Les enseignants concernés peuvent alors mettre en œuvre cette intervention visant une modification du comportement chez l'élève.

Les enseignants observent les comportements visés par l’intervention dans les situations réelles où ils se produisent. Ils peuvent alors fournir les conséquences destinées à développer des comportements plus adaptés.

Ce type d’interventions a pour enjeux pour ces élèves l’amélioration du comportement en classe, des résultats scolaires ou des compétences prosociales.


La modification du comportement


La modification du comportement est la science du changement dans les comportements, les émotions et les processus de pensée.

La modification du comportement est une approche qui passe par l’observation, l’évaluation et l’altération du comportement.

L’approche se concentre sur le développement d’un comportement plus adaptatif et prosocial et sur la réduction parallèle des comportements inadaptés dans la vie quotidienne.

Il est important de ne pas considérer la modification du comportement comme un ensemble d’interventions disparates, mais avant tout comme une approche scientifique globale visant à comprendre et à modifier le comportement humain.


L’évaluation du comportement


Le principe est de :

  1. Mesurer l’objectif de l’intervention : quel comportement souhaite-t-on changer ?
  2. Évaluer l’impact de l’intervention : est-ce que la fréquence du comportement visé change ? Est-ce que l’intervention en est responsable ?

L’évaluation consiste à mesurer systématiquement le fonctionnement actuel du comportement qui doit être modifié.

Nous avons besoin d’une observation descriptive sur la performance liée au comportement visé, avant, pendant et après une intervention.

Généralement, l’évaluation commence par la clarification des objectifs de l’intervention. Quel est le problème ou l’objectif, comment l’élève cible et les autres personnes sont affectés par celui-ci et les circonstances dans lesquelles il apparait ?

Les objectifs sont généralement exprimés en termes concrets ou en comportements qui peuvent être mesurés.

Les mesures peuvent inclure l’observation directe des performances de l’élève cible, des évaluations par des personnes significatives (enseignants, parents, pairs), et souvent des évaluations par l’élève ciblé lui-même.

L’évaluation est essentielle pour déterminer l’étendue et la nature du comportement avant le début de l’intervention. L’évaluation peut également se concentrer sur ce qui se passe exactement avant et après le comportement, car ces informations peuvent souvent être utiles pour une intervention efficace.

Au fur et à mesure que l’intervention est mise en œuvre, l’évaluation vérifie si le changement se produit et si les résultats souhaités sont atteints.

Par exemple, les parents et les enseignants peuvent vouloir qu’un élève fasse ses devoirs :

  • L’évaluation peut porter sur le nombre de minutes de devoirs que l’élève effectue chaque jour. Elle peut également prendre en compte les circonstances, telles que l’heure de la journée et ce que les parents font pour favoriser les devoirs. Mettent-ils la pression, font-ils usage de menaces, sont-ils assis à côté de lui, promettent-ils une récompense, etc. ? 
  • Une ou plusieurs mesures peuvent être utilisées pour évaluer l’impact du programme. 
  • L’objectif global ne peut pas être simplement de modifier le nombre de minutes d’étude, bien que cela puisse être un indicateur utile pour savoir si le programme a un impact.
  • L’objectif du programme peut être d’améliorer les devoirs, les notes à l’école et l’apprentissage de l’enfant. 

L’évaluation consiste à tirer des conclusions ou des inférences sur le fait de savoir si un changement s’est produit et si l’intervention est responsable du changement. L'élève s’est-il simplement améliorée avec le temps ? Peut-on attribuer le changement à l’intervention ?


Mettre l’accent sur le comportement


Il y a une démarche d’évaluation et d’observation du comportement perturbateur manifesté afin d’identifier directement le problème et de définir quel est le changement visé. 

La psychologie en tant que discipline scientifique cherche à comprendre :

  • L’affect : les sentiments et les émotions
  • Le comportement : les actions observables que font les gens 
  • La cognition : les pensées, les croyances et les autres processus mentaux 

La modification du comportement met spécifiquement l’accent sur les actions et les performances, ou sur ce que les gens font dans la vie de tous les jours.

Cependant, le fonctionnement humain ne se limite pas à ce que les individus font. Les sentiments et les pensées ne sont pas moins importants. Ils ne sont pas réductibles aux comportements observables. Dès lors dans ce qui est considéré, les comportements, les sentiments et les pensées sont regroupés dans un même ensemble indissociable.

Par exemple, un élève qui tend à manifester de la violence à l’école, qu’elle soit physique ou verbale, présente un comportement problématique manifeste. Il se sent en colère contre les autres, épris d’émotions qu’il ne contrôle pas et correspondent à son affect. Il pense que les autres essaient de s’en prendre à lui, il se sent menacé, ce qui correspond à de la cognition.

Lorsqu’un élève est en classe, nous souhaitons qu’il se comporte bien, mais également qu’il s’engage dans des démarches d’apprentissage. Celle-ci est de l’ordre de la cognition. Nous espérons qu’il ressente également un certain intérêt, une satisfaction et une motivation qui sont plutôt de l’ordre de l’affect.

Même si la priorité semble mise sur le comportement manifeste, les autres dimensions sont à prendre en compte. Mais pourquoi alors se centrer sur le comportement ?

Les comportements sont mis en avant pour trois raisons.

  1. En classe, c’est le comportement de l’élève qui est susceptible de représenter une préoccupation majeure de l’enseignant et peut justifier d’intervenir. 
  2. L’évaluation de l’efficacité et de l’utilité d’une intervention est facilitée par la capacité à observer l’occurrence de certains comportements.  
  3. Il est souvent possible d’intervenir efficacement sur le comportement et il est beaucoup moins simple d’influencer les pensées et les sentiments. 
Par exemple lorsqu’un élève manifeste un comportement violent en classe, la priorité est de le faire cesser. Cependant, le processus gagnera à s’accompagner du développement des compétences prosociales chez l’élève.

Par exemple, il existe des procédures spécifiques liées à la gestion des émotions qui peuvent être utilisées pour réduire les comportements violents. Cependant, l’élément de mesure de leur efficacité est spécifiquement, l’évolution de la fréquence de ce comportement violent.

De la même manière, si un élève ne travaille pas, nous n’avons pas d’accès direct sur la manifestation de son traitement cognitif ou sur son désir ou la satisfaction qu’il pourrait ressentir. Par contre, nous pouvons nous assurer qu’il se comporte correctement, qu’il est dans des conditions qui vont favoriser un investissement personnel. Une fois que nous lui faisons adopter un comportement de travail, la probabilité qu’il s’investisse dans un traitement cognitif pertinent augmente. De là apparait la possibilité que cela se traduise en une satisfaction.

Mettre l’accent sur le comportement ne signifie pas se concentrer exclusivement sur ce que font les élèves, mais également un moyen propice d’agir sur les deux autres niveaux que sont l’affect et la cognition. Le changement de comportement peut aider à modifier les sentiments des individus et leur perception de l’environnement.

Changer ce que les élèves font entraîne souvent des changements dans leurs sentiments et leurs pensées. L’expérience du sujet, qui comprend l’affect et la cognition, et non seulement le comportement manifeste sont souvent l’élément crucial qui est lié au bien-être de l’individu.



L’accent mis sur les antécédents du comportement


La recherche sur la modification du comportement se concentre sur les efforts visant à comprendre les causes de celui-ci.

Il s’agit de s’interroger sur les facteurs qui exercent une influence sur le fonctionnement actuel. Parfois, pour comprendre le présent, il faut comprendre le passé.

La recherche des antécédents repose sur la même finalité. Que peut-on faire maintenant pour développer les comportements adaptés et améliorer le fonctionnement d’un élève ? Si les antécédents sont identifiés, nous pourrons peut-être concevoir une intervention efficace en agissant sur eux.

La modification du comportement met l’accent sur les influences actuelles sur le comportement et sur la façon dont elles peuvent être mobilisées pour effectuer des changements.




L’accent mis sur les expériences d’apprentissage pour promouvoir le changement


La modification du comportement se base sur l’idée que le comportement problématique peut être modifié, diminué de fréquence et d’intensité en offrant de nouvelles expériences d’apprentissage.

Ces expériences d’apprentissage augmentent les capacités d’adaptation et le comportement prosocial des individus ciblés.

Un apprentissage se fait en permanence. Les individus auxquels sont confrontés les élèves dans la vie de tous les jours (parents, enseignants, pairs ou autres adultes) et les expériences sociales et culturelles leur enseignent toujours quelque chose.

Il s’agit d’agir sur ce processus pour modifier le comportement, en offrant des expériences d’apprentissage plus systématiques que ce qui se passe habituellement dans la vie de tous les jours. Sans la nature explicite et systématique de cet apprentissage, il y a le risque de ne pas constater de progrès.

Le simple fait de pratiquer le nouveau comportement par l’élève ne fonctionnera pas toujours. La pratique doit être accompagnée d’autres expériences systématiques comme l’instruction, le retour d’information, et une progression dans le développement de compétences plus complexes. Sans ces accompagnements, la pratique peut entraîner de mauvaises habitudes, de mauvaises performances et ne pas modifier le comportement.

Des dispositions très spécifiques peuvent être nécessaires pour garantir que l’apprentissage a lieu et que les performances sont cohérentes. La distribution d’un renforcement positif peut entraîner un changement dans le comportement d’un élève. Pourtant, il existe de nombreux détails sur la manière précise dont cela se fait, et ces détails déterminent l’efficacité du renforcement positif.

Si de nombreux problèmes de comportement peuvent être modifiés grâce à des expériences d’apprentissage cela ne signifie pas nécessairement que tous les comportements sont appris et peuvent être modifiés par l’apprentissage. Divers facteurs biologiques, comportementaux, sociaux, culturels et autres influencent le développement du comportement et peuvent également être très pertinents pour le changement de comportement.

Tout dépend de la plasticité du comportement ou de la facilité avec laquelle le comportement peut être modifié lorsque des expériences d’apprentissage systématique sont fournies. La question de savoir si l’offre de nouvelles expériences d’apprentissage modifiera effectivement le comportement ne peut être déterminée qu’en testant les changements qui se produisent.


Bibliographie


Alan E Kazdin, Behavior Modification in Applied Settings, 2013, Waveland

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