vendredi 24 juillet 2020

Du bon usage des objectifs pédagogiques

La communication des objectifs pédagogiques aux élèves est un facteur d’efficacité de l’enseignement. C’est d’autant plus vrai si ceux-ci sont conçus afin d’offrir des défis à la fois ambitieux et accessibles aux élèves. Ils doivent se traduire en enjeux qui participent pleinement à mobiliser leur engagement en éveillant un intérêt situationnel.

(Photographie : Ikinuki)


Éviter l’obligation administrative


Les enseignants peuvent se retrouver sous l’injonction administrative de communiquer à leurs élèves les objectifs pédagogiques qui correspondent à leurs cours et sur lesquels portera l’examen. Contraints à la conformité, les enseignants peuvent être tentés de les offrir en vrac à un moment donné, au début ou à la fin de cours. Comme alternative, ils peuvent également les éparpiller dans les notes de cours à destination de leurs élèves.

Présentés de cette manière, utilisés dans ce cadre, les objectifs pédagogiques perdent une grande part de leurs avantages potentiels. Ils se réduisent à une simple formalité administrative. Absents du cœur de l’enseignement, ils risquent d’être oubliés par ceux des élèves qui en auraient le plus besoin.

Lorsque les enseignants fournissent une liste d’objectifs standards à l’intérieur des notes de cours d’un chapitre. S’ils ne s’y réfèrent pas constamment, il y a de grandes chances que la plupart de leurs élèves ne vont les consulter qu’anecdotiquement.

À l’identique, si les enseignants se retrouvent simplement en guise d’objectifs pédagogiques à noter au tableau et faire noter aux élèves les activités du cours du jour, l’intérêt est perdu. Lorsque des objectifs sont communiqués pour la forme, leur fond perd l’essentiel de sa valeur ajoutée.


Se détacher de la conception pédagogique


Si les objectifs décrivent platement ce qui est enseigné ou pratiqué, s’ils sont complètement descriptifs, alors ils peuvent être contre-productifs. Ils ne représentent aucun défi et ne vont pas engager les élèves à prêter attention à leurs contenus.

S’ils ne font n’énumérer que des savoirs ou des types de tâches sans décrire le comportement qui sera évalué, alors ils perdent leur principal intérêt en matière d’apprentissage. Ils ne guident pas précisément les activités que les élèves doivent entreprendre.

Un objectif pédagogique doit avant tout se centrer sur sa finalité. Le cheminement concret pour y arriver est un objet de conception pédagogique. Il est de la responsabilité de l’enseignant de le traduire dans ses pratiques et dans les activités sélectionnées.

Centrer les objectifs trop directement sur le cheminement pédagogique et sur les tâches d’apprentissage est dès lors une erreur. Parfois, plusieurs approches sont possibles, mais les élèves vont finalement être évalués sur la même finalité. C’est celle-ci qu’il importe d’inscrire dans les objectifs pédagogiques et non les choix de pratiques propres à l’enseignant.


Ne pas gâcher le suspense


La suspense est un ingrédient utile pour stimuler la curiosité, l’intérêt situationnel et l’engagement. Parfois, on peut gagner à ne pas être précis dans un premier temps. Parfois, il n’y a pas intérêt de donner l’objectif pédagogique d’emblée en entrée, car ça peut amoindrir l’intérêt et la curiosité des élèves, soulever l’ennui et diminuer leur potentiel d’apprentissage.

Parfois face à une activité donnée, le fait de ne pas spécifier le but peut augmenter l’apprentissage. Nous nous trouvons alors dans le cadre de l’effet de non-spécification du but énoncé par la théorie de la charge cognitive.

Parfois, trop spécifier le but d’une tâche transforme ce qui était un problème en un simple d’exercice d’application où les élèves connaissent d’emblée la stratégie à appliquer. Ils n’ont plus rien à apprendre.

La présentation de l’objectif peut parfois arriver un peu plus tard après avoir fait consulter des documents et présenté des expériences. Le processus peut être également utile pour débusquer des conceptions erronées ou activer des connaissances antérieures plutôt que de placer directement les élèves dans l’attente de nouveaux concepts déjà annoncés.

Présenter des défis aux élèves pour guider et orienter leur apprentissage n’empêche pas de chercher à les surprendre et capter leur intérêt par des effets de surprise.

Ne pas systématiquement commencer par l’énoncé de l’objectif permet d’apporter de la variété dans les pratiques et éviter le sentiment de satiété des élèves.


Viser la flexibilité et la généralisation


Les objectifs gagnent à être les moins spécifiques possibles et à se placer dans un cadre plus large de manière à faciliter leur flexibilité à des contextes ultérieurs neufs.

Se limiter à des listes de termes ou des énoncés de règles trop précis pourrait inciter les élèves à privilégier un apprentissage superficiel. Si ceux-ci sont importants, il faut toujours un pas de plus cependant. Il est fondamental d’amener les élèves à élaborer, à faire des liens et connecter les nouvelles connaissances à d’autres préalables, afin de les rendre plus flexibles.

Les finalités pédagogiques doivent être bien perceptibles à l’intérieur de l’énonciation des défis d’apprentissage. Elles peuvent ainsi contribuer à l’élaboration d’un ensemble intégré de connaissances.

Nous visons à ce que nos élèves soient capables de retirer des connaissances d’un contexte et de les appliquer dans un autre. Cette dimension doit elle-même être intégrée dans les objectifs pédagogiques et pratiquée en classe.


Conclusion


Tout comme le retour sur information, la bonne utilisation des objectifs pédagogique est cruciale pour le pilotage de l’enseignement en temps réel.

Un enseignant efficace :

  • Établit là où en sont ses élèves dans leurs apprentissages
  • Garde à l’esprit la destination des apprentissages et les limites de temps qui lui sont imparties
  • Planifie soigneusement un itinéraire
  • S’engage chaque fois dans l’étape proximale
  • Contrôle régulièrement les progrès réalisés par ses élèves
  • Ajuste son cours et les activités d’apprentissage utilisées en fonction du retour d’information



Bibliographie


Dylan Wiliam, What formative assessment is and isn’t, 2020, https://www.youtube.com/watch?v=nfAutEWaqOE&t=1s

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