samedi 23 mai 2020

Éviter le bachotage

Le bachotage désigne toute démarche d’apprentissage concentrée dans une dernière ligne droite, sur une seule séquence temporelle, avant un examen ou une évaluation. Il concerne des connaissances qui n’étaient pas encore maitrisées jusque-là.


(Photographie : Franky Larousselle)



Par extension, on peut l’associer à toute pratique d’enseignement qui porte sur des savoirs et savoir-faire qui ne seront abordés que lors d’une session de cours continue. Ils ne seront plus abordés et récupérés à nouveau dans la suite d’un cours lors de cette année scolaire.




Formes de bachotage


Pour un élève, la notion de bachotage est indépendante de la stratégie mise en œuvre. Un élève peut à ce moment-là relire son cours, refaire des exercices, étudier par cœur, réciter ou étudier avec des flashcards. Peu importe la technique, l’idée du bachotage est celle d’investir tous ses moyens, de manière intensive, vers une échéance proche afin d’acquérir en une séquence de travail unique, un ensemble de connaissances.

La même chose se produit en classe, peu importe la stratégie pédagogique employée, que ce soit un enseignement traditionnel, explicite, de la pédagogie de projet ou une classe inversée. Lorsqu’un enseignant passe avec ses élèves, d’un ensemble de connaissances à l’autre, les développant en profondeur et les clôturant avant de passer au suivant, il s’inscrit dans le cadre d’un bachotage.




Alternatives au bachotage


Pour l’élève, l’alternative au bachotage consiste à ne plus planifier son travail séquentiellement échéance par échéance :

  • Il s’agit de cesser de concentrer successivement toute son énergie à se préparer pour le cours pour lequel un test aura prochainement lieu. 
  • Lorsque ce test est passé, il mettra toute son énergie en vue du test qui suivra dans une autre branche. 
  • En étudiant ainsi, l’élève enchaine session de bachotage sur session de bachotage et lève le pied dans les périodes ou aucune évaluation n’est programmée.
Pour sortir de cette situation qui peut lui paraitre inextricable, l’élève doit répartir son travail au fil des jours. Il doit étudier et revoir la matière lors de sessions courtes, isolées et distribuées.

Considérons la situation où un élève a un test de mathématiques dans une semaine. L’élève va éviter de se mettre au travail un ou deux jours avant, ce qui constituerait du bachotage. Il va plutôt travailler sur des temps plus réduits, mais tous les jours ou tous les deux jours, à chaque fois 45 minutes par exemple. Il va ensuite revoir la veille de l’évaluation.

L’idée est qu’il procède de la même manière pour tous ses cours, alternant sur une seule soirée une étude dans plus d’une branche. Il agit aussi par anticipation, c’est-à-dire qu’il n’attend pas qu’une évaluation soit fixée par un enseignant pour se mettre au travail et commencer à étudier.

Pour l’enseignant, une alternative possible au bachotage consiste à mener de front différentes matières. Dans un cours de quatre périodes par semaine, il peut par exemple consacrer deux heures à une matière et deux heures à une autre, ce qui va en améliorer la distribution. Le danger dans ces cas-là est qu’un élève ait oublié le contenu d’un cours à l’autre.

Une autre piste est, dans le cadre des devoirs ou de quiz d’entrée faits en classe, est de ne pas uniquement donner des applications sur la matière en cours. Il s’agit de proposer à la place un mélange de questions sur la matière en cours et de questions sur les matières précédemment vues depuis le début de l’année.

Lorsque les élèves démontrent la maitrise d’une procédure ou d’un type d’application, l’enseignant peut en accroitre l’espacement, mais il ne doit pas les en exclure. Lors de séances d’exercices ou de quiz en classe, des questions sur des matières précédemment enseignées surgissent à nouveau, on parle à ce moment-là d’entremêlement. De même, pour favoriser une étude distribuée chez ses élèves, un enseignant les évalue plusieurs fois sur la même matière.



Faiblesse du bachotage


Le bachotage rend des connaissances plus accessibles à court terme sans qu’elles soient réellement mieux apprises ou durables. L’oubli va agir très vite par la suite. À l’opposé, des connaissances acquises par une étude distribuée vont se révéler nettement plus durables.

Liée à une mauvaise planification et généralement à une mauvaise gestion du temps, la pratique du bachotage s’accompagne de stress. Le stress en constitue le moteur. Le manque de temps va favoriser chez l’apprenant des stratégies d’étude rapides et superficielles : relecture, apprentissage par cœur ou astuces mnémotechniques.

En tant qu’élève, ce que l’on souhaite surtout c’est que les connaissances soient à la fois stockées en toute sécurité dans la mémoire et accessibles le lendemain. Cela n’est pas suffisant pour l’enseignant.

Lorsque l’élève fait du bachotage, l’accent sera plutôt mis sur les sonorités et les formulations des éléments, plutôt que sur leur signification. Le sens et la profondeur sont les grands perdants.

De ce fait, peu de liens sont créés avec des connaissances préalables et les schémas cognitifs qui en résultent sont pauvres et disposent de peu d’indices de récupération. Cela favorise également l’oubli ultérieur.

Le bachotage va agir spécifiquement sur la force de récupération et peu sur la force de stockage des connaissances, ce qui explique son fonctionnement à court terme. La force de récupération diminue rapidement tandis que la force de stockage est durable.

Ce sont les mêmes mécanismes que l’on utilise lorsque l’on rencontre des gens à une soirée, ou lorsque l’on regarde un film. On va se souvenir de leurs noms durant quelques heures puis la plupart d’entre eux vont nous échapper.

On active en quelque sorte la même forme de mémoire qu’on utilise lorsque l’on regarde un film ou qu’on lit un livre. Il est nécessaire de mémoriser temporairement les noms des personnages ou des lieux pour suivre et comprendre ce qui se passe. On les oubliera ensuite assez rapidement.



Conclusion


Lié au stress, en tant que méthode d’étude, le bachotage est coûteux en temps épuisant et cela va diminuer les ressources mentales disponibles lors de l’examen. Il ne s’agit donc pas d’une pratique efficace.

Il est en outre favorisé par une planification pédagogique séquentielle qui en reprend les principes.

Considérons un enseignant qui veut que ses élèves adoptent une planification de leur temps d’étude. Il souhaite également favoriser des stratégies d’étude plus durables et efficaces. S’il veut que ses élèves évoluent dans cette direction, il doit montrer lui-même la voie à suivre. Le changement doit commencer dans ses pratiques d’enseignement et dans sa planification des contenus en classe.

Un apprentissage régulier et progressif est non seulement plus durable, mais plus profond et plus riche et facilite le raisonnement et le transfert. De plus, une étude efficace permet d’effacer la nécessité d’un bachotage et de révisions de dernière minute. De bonnes pratiques d’apprentissage indépendant sont elles-mêmes favorisées par de bonnes pratiques d’enseignement distribué et cumulatif. Ces dernières favorisent de diverses manières la récupération de connaissances vues précédemment.



Bibliographie


Jonathan Firth, How to Learn: Effective study and revision methods for any course, 2018, Arboretum Books

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