jeudi 19 mars 2020

Agir sur le taux de participation et de réflexion lié aux pratiques enseignantes en classe

L’intérêt de prendre en compte le taux de participation et de réflexion est de s’assurer que nos élèves feront le plus gros du travail cognitif en classe et vivront l’expérience d’apprentissage la plus intéressante possible.



(Photographie : Barbara Bosworth)

Avant d’entrer dans le vif du sujet et aborder cette notion de taux (« ratio » en anglais) de participation et de réflexion, il faut commencer par examiner sa raison d’être. Il convient de saisir le cadre dans lequel il devient pertinent de le prendre en considération. Compte-rendu d’un article d’Adam Boxer (2020) sur le sujet.


Introduction


Mettons-nous dans la peau d’un observateur extérieur d’une classe qui observe un enseignant à l’œuvre durant une heure de cours. Il ne connaît pas les élèves et n’a jamais donné ce cours ou pas depuis longtemps. Il est invité pour évaluer et fournir en retour une rétroaction.

Il va dès lors s’attacher à des paramètres directement visibles tels que le climat de classe, la clarté de l’enseignant, l’alignement avec les caractéristiques pédagogiques souhaitées, la forme ou la nature des interactions et de l’engagement des élèves.

Il est probable que si la plupart de ces critères sont vérifiés, l’évaluation de l’enseignant sera positive. Pourtant quelle preuve d’apprentissage des élèves est-ce que ces critères génèrent ? Il se peut que tous les critères soient validés comme étant respectés, mais que pour autant très peu d’apprentissage soit effectivement généré du côté des élèves.

Il serait utile que les critères observés puissent assurer d’un lien plus tangible entre l’enseignement et l’apprentissage qui en découle. L’apprentissage a lieu lorsque les élèves sont engagés à travers un traitement cognitif qui les fait élaborer, pratiquer ou récupérer les connaissances visées, avec des attentes élevées communiquées par l’enseignant.

La réflexion doit plutôt se porter sur quand et dans quelles conditions les pratiques enseignantes génèrent un apprentissage.

C’est dans ce cadre que le concept de taux (ratio) intervient. Il peut favoriser une évaluation plus pertinente et un dialogue réflexif et constructif. De même, il peut guider à la prise d’actions concrètes et spécifiques dans une perspective d’amélioration des pratiques en classe.

Pour garantir la réussite scolaire de tous leurs élèves, les enseignants efficaces dispensent un enseignement qui maximise leur taux de participation et de réflexion.


Une définition du taux


Le taux (« ratio » en anglais) est un concept qui vise à évaluer la quantité de réflexion qui a lieu dans une classe.

Le taux s’évalue selon deux dimensions :

  • L’engagement ou taux de participation : combien d’élèves participent et à quelle fréquence ?
  • Le traitement cognitif ou taux de réflexion : quand les élèves participent, à quel point réfléchissent-ils ?
L’objectif d’amélioration du taux est de maximiser à l’échelle de la classe, à la fois l’engagement et le traitement cognitif des élèves. Si on travaille dans ce sens, on peut estimer mieux optimiser l’apprentissage en classe.

Le taux est un concept puissant, car il permet d’orienter la discussion entre ou avec des enseignants vers des pratiques de classe spécifiques plus susceptibles de générer une amélioration. Il s’applique à la fois au niveau de chaque élève et à l’échelle de la classe.

On peut l’illustrer avec ce schéma :



L’axe horizontal est celui de l’engagement. Il va d’élèves peu engagés à gauche à des élèves très engagés à droite. Il est avantageux de le maximiser en classe, donc d’être la plus à droite de cet axe.

L’axe vertical mesure la pertinence du traitement cognitif. Il est de plus en plus élevé et pertinent au fur et à mesure que l’on remonte. Au plus il est élevé, au plus les élèves réfléchissent et au plus c’est susceptible de se transformer en apprentissage.

La position la plus souhaitable est la case en haut et à droite, celle représentée par le soleil. Il s’agit de maximiser à la fois l’engagement des élèves et la pertinence de leur traitement cognitif à travers des pratiques enseignantes appropriées.


Que faut-il éviter ?


Il s’agit d’éviter les pratiques qui ne suscitent que peu d’engagement ou peu de traitement cognitif signifiant de la part des élèves.

Les activités à faible ratio comprennent :
  • L’enseignement magistral auprès d’un groupe d’élève : l’enseignant parle seul et sans interactions avec ses élèves durant un temps prolongé
  • La diffusion d’une vidéo sans instructions guidées et sans questionnements. 
  • La lecture de documents, sauf si les élèves les lisent dans un but précis prédéterminé et clair pour eux.
  • Les tâches à charge cognitive trop élevée, car elles vont inhibent l’apprentissage ne laissant plus d’espace nécessaire à la charge essentielle.
  • Les tâches à charge cognitive trop faible, car elles suscitent la distraction.
  • Les questions posées par l’enseignant où il désigne préalablement l’élève qui va y répondre où lorsqu’il désigne l’élève trop rapidement. Dans les deux cas, les autres élèves ne sont pas incités à fournir un traitement cognitif et vont se dispenser de penser.


Que faut-il privilégier ?


Il s’agit de favoriser les pratiques qui correspondent au double objectif de participation et de réflexion approfondie des élèves. De manière générale un enseignement explicite ou de découverte guidée répond à merveille à ces démarches.

De façon spécifique on peut augmenter le ratio selon les approches suivantes :
  1. Choix et sélection des activités d’apprentissage en adéquation avec les objectifs pédagogiques
  2. Augmentation du nombre d’écrits que les élèves font, en étant plus stratégique sur le moment et la manière de les faire.
  3. Utilisations multiples de différentes techniques de vérification de la compréhension à l’échelle de la classe.
  4. Définition, enseignement et maintien de procédures et de routines de classe qui visent l’efficacité et le maintien d’un rythme rapide et sans temps mort. Grâce à elles les élèves savent comment il est attendu qu’ils se comportent à chaque moment, ce qui permet de fluidifier et rendre plus dynamique le cours et rendre ainsi plus facile leur engagement.
Pour l’enseignant, il s’agit donc de trouver à tout moment le bon équilibre, entre une charge cognitive trop élevée qui ne laisse plus de place pour les apprentissages et une charge cognitive trop faible qui est source de distraction. L’enseignant doit régulièrement ajuster en fonction des progrès de ses élèves. Il leur pose des défis qui remplissent les objectifs pédagogiques et les maintiennent dans des démarches d’apprentissage.





Responsabiliser les élèves


Une manière d’augmenter le ratio est de mettre en place des attentes élevées. De cette, l’enseignant rend chaque élève responsable de son engagement.

Imaginons la situation où en tant qu’enseignant, nous posions une question à un élève. Malheureusement et contre toute attente, il ne connaît pas la réponse. Pourtant l’élément est basique, courant et relativement fondamental pour la matière et l’élève devrait être capable à ce stade de donner la réponse. L’enseignant lui donne alors un indice pour faciliter sa réponse ou lui laisse un temps supplémentaire de recherche, en posant une autre question à un autre élève avant de revenir vers lui.

La démarche de responsabilisation va démarrer ici :
  1. Considérons qu’il donne finalement la bonne réponse. En dehors du fait de ne pas lui avoir laissé la possibilité d’esquiver, il est important que l’enseignant lui communique qu’à ce stade il est ennuyeux, problématique et décevant qu’il ne connaisse pas la réponse.
  2. Considérons qu’il ne donne finalement pas la bonne réponse ou que celle-ci soit incomplète. Plutôt que ce soit l’enseignant qui donne la bonne réponse complète, l’enseignant avertit l’élève qu’il va poser la même question à un autre élève. Il reviendra ensuite vers lui un peu plus tard avec exactement la même question. Pour ce faire, l’enseignant note le nom de l’élève et la question à reposer un peu plus tard durant le cours.
Dans les deux situations, l’enseignant envoie à l’élève concerné et par effet de ricochet aux autres élèves que leur engagement est attendu et qu’ils doivent être attentifs et travailler dur.

Cela favorise la mise en place d’une culture de l’engagement. Les élèves comprennent et intègrent peu à peu, qu’il est important dans ce cours de donner de l’attention à la fois au discours de l’enseignant et aux réponses des autres élèves. Si cette technique est implantée, le taux augmente sur les deux registres de l’engagement et du traitement cognitif.

Pour favoriser l’attention que les élèves vont accorder aux réponses de leurs condisciples, des approches complémentaires peuvent également être installées :
  1. Un élève vient de répondre correctement à une question. L’enseignant interroge alors immédiatement un autre élève en lui demandant de redire ce que le premier élève vient de dire. De cette manière, les élèves apprennent qu’il est important d’être attentifs aux réponses de leurs condisciples.
  2. La même démarche gagne à être utilisée lors d’explications données par l’enseignant. Après avoir expliqué quelque chose et sans effet d’annonce, l’enseignant demande à un élève de reformuler ce qu’il vient d’expliquer à l’instant. Cela permet de construire, à long terme, une culture de l’engagement et de la réflexion en classe face aux explications de l’enseignant.
  3. Suite à une question posée par l’enseignant, un élève donne une longue réponse, imprécise, hésitante ou bancale. Autre cas de figure, un élève pose à l’enseignant une longue question afin d’obtenir des explications supplémentaires.
    • Dans les deux cas de figure, il y a un risque que le reste de la classe cesse d’écouter ce que répond ou demande l’élève, préférant plutôt attendre la réponse de l’enseignant. 
    • L’enseignant n’a rien à gagner à prendre la responsabilité de toute la charge cognitive à ce moment-là. Il est plus intéressant pour lui d’en transmettre la responsabilité sur les autres élèves. 
    • Dans ce cas, à titre préventif, l’enseignant peut exprimer clairement qu’il souhaite que tout le monde écoute attentivement ce que l’élève dit. Il leur demande également de lever immédiatement la main s’ils repèrent un élément de réponse complémentaire qu’ils pourraient donner, que ce soit une réponse plus précise, plus rigoureuse ou plus exacte. 
    • Lorsque la réponse est obtenue finalement grâce à l’implication d’autres élèves, l’enseignant se retourne alors vers l’élève d’origine en lui demandant de redonner l’explication maintenant de manière complète et exacte.

La mise en place d’une pratique indépendante est également un moyen sûr de garantir la participation de tous. Les élèves ont besoin de ces périodes prolongées de calme et de travail individuel pour consolider de nouvelles informations. Pour l’enseignant, lorsqu’elles sont bien gérées, elles sont une excellente occasion pour obtenir un taux plus élevé d’engagement et de traitement cognitif.




Comment augmenter le ratio de réflexion ?


L’autre axe important du taux est de s’assurer que les élèves soient bien engagés dans un traitement cognitif exigeant. Pour cela il faut veiller à ce qu’il y ait assez de variation dans les tâches et exercices demandés.

Lorsque plusieurs exercices d’affilée, demandent exactement la même technique, les élèves vont rapidement cesser de réfléchir et passer en mode de pilotage automatique qui leur permet de travailler plus vite avec un coût cognitif réduit. Le souci est que s’ils travaillent moins fort, l’apprentissage sera à ce moment-là nettement plus faible.

En variant les exercices, l’enseignant peut introduire un taux de difficulté plus élevé qui va maintenir l’élève alerte cognitivement. Les élèves n’ont plus d’autre choix que de lire, analyser et décoder les énoncés et réfléchir à des stratégies de réponse appropriées.

Dans ce cas, ils avanceront plus lentement, feront moins d’exercices, mais devront effectuer un traitement cognitif plus approfondi qui se traduira par un apprentissage plus conséquent et plus profond.

Donner une série d’exercices similaires peut augmenter le taux de participation des élèves, mais cela n’augmente pas la profondeur de leur traitement de l’information donc le bénéfice en matière d’apprentissage resterait faible. Il existe de nombreuses façons d’augmenter le défi d’une tâche, il s’agit donc de les exploiter pour maximiser l’apprentissage des élèves.




Bibliographie



Adam Boxer, Ratio, 2020, https://achemicalorthodoxy.wordpress.com/2020/02/09/ratio/

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