vendredi 8 novembre 2019

La prévention du chahut en classe

Il s’agit de la hantise de tout enseignant et plus spécifiquement des débutants. Le chahut se traduit en une perte de contrôle plus ou moins importante et prolongée de certains paramètres de fonctionnement d’un groupe d’élèves.


(Photographie : Missy Prince)



Le chahut correspond à un niveau de perturbation diffus à élevé, où un enseignant ne peut plus assurer l’enseignement et l’apprentissage comme il l’avait planifié, avec le niveau de qualité attendu. 

Il s’agit donc d’une forme de perte de contrôle partielle ou importante. La situation n’est pas forcément « ingérable ». Dans la plupart des cas le cours se poursuit, mais le vécu des élèves et de l’enseignant est négatif.

La chahut correspond à une situation ou des interventions sont nécessaires au niveau des élèves, mais parfois utiles également au niveau de l’enseignant concerné.

Certaines pistes ont été explorées dans les articles suivants :

  1. Que faire quand le climat de classe tourne durablement au vinaigre ?
  2. Quels liens entre l’efficacité d’un enseignant et les relations qu’il entretient avec ses élèves ? L’influence des profils interpersonnels
  3. Cycles de coercition en contexte scolaire : influences négatives sur l’engagement et le comportement des élèves


L’idée est de proposer ici une vision d’ensemble du phénomène et d’offrir d’autres pistes.



Cas de figure symptomatiques


Voici certains traits significatifs qui caractérisent la situation :
  1. Des déplacements non autorisés d’élèves au sein de la classe ont lieu durant le cours.
  2. Des élèves interviennent et interpellent en dehors du contexte du cours, ce qui entraine une rupture dans le bon déroulement de celui-ci. Cela peut prendre la forme d’une sonnerie de téléphone intempestive, d’autres sources sonores, d’exclamations ponctuelles, de questions hors sujet, ou d’autres actions tout aussi problématiques ou provocatrices.
  3. Les consignes ou routines en ce qui concerne la prise de parole ne sont pas respectées. Les élèves répondent spontanément sans qu’on leur en donne l’autorisation à une question de l’enseignant ou interpellent directement celui-ci à propos d’une incompréhension sur la matière en cours.
  4. Un ou plusieurs élèves manifestent un refus ostentatoire de participer aux activités demandées ou de s’engager dans les tâches demandées. Cela peut aller de la passivité jusqu’à s’accompagner d’actions contraires.
  5. Un ou plusieurs élèves manifestent des oublis quasi systématiques du matériel scolaire ou un non-respect répété d’échéances placées par l’enseignant.
  6. Il peut s’agir des scénarios de contamination lorsque par exemple, un élève puis un autre et encore un autre demandent de pouvoir se rendre aux toilettes lors d’un cours, sans circonstances particulières.
  7. Un autre cas de figure est celui de bavardages systématiques de certains élèves qui entrainent un bruit de fond. Ce dernier nuit aux activités d’enseignement et d’apprentissage, en diminuant l’attention et l’engagement de la classe.


Seuil d’alerte


Lorsque la situation devient endémique à une classe ou à un enseignant pour certains de ces phénomènes, il y a lieu de s’en inquiéter. Cela se traduit inévitablement par des conséquences néfastes sur l’apprentissage des élèves, particulièrement ceux à risque.

Un seuil d’alerte correspond à la situation ou 25 % et plus des élèves d’une classe manifestent des écarts de conduite persistants. L’enseignant doit alors revoir son fonctionnement avec les interventions proactives et préventives avant d’utiliser celles de type correctif.

Ce genre de situation où les écarts de comportements se répètent est le signe de dysfonctionnements probables dans la gestion de classe ou de l’enseignement. Un accompagnement de l’enseignant peut alors être utile.




Trois pistes à proscrire

1) La guerre totale


L’enseignant peut choisir de réagir de manière forte, en sanctionnant et en excluant les élèves perturbateurs de la classe. C’est un quitte ou double :
  • Cela peut constituer une alarme pour l’élève qui peut rentrer dans le rang.
  • C’est également susceptible de casser la relation et de rendre les interactions ultérieures difficiles. Dans ce cas, une intervention extérieure risque d’être nécessaire et il aurait mieux valu que l’enseignant demande des conseils préalablement pour éviter cette situation.
Elle ne peut ne pas être une solution à long terme, par exemple lorsque la situation concerne plusieurs élèves et se déroule de manière répétée au fil des cours. Parfois, l’exclusion correspond à une attente des élèves ciblés qui obtiennent en fin de compte ce qu’ils recherchent de manière répétée et c’est l’enseignant qui se retrouve en difficulté en se retrouvant dans une impasse.



2) L’inconsistance


Face à un afflux de perturbations, l’enseignant risque de se trouver dans une situation où il donne des avertissements de plus en plus fréquemment. Cependant, il ne va pas aller toujours jusqu’au bout de ses intentions et des conséquences évoquées ou annoncées.

Cela peut envoyer un message de confusion et d’indécision vers les élèves. Constatant un manque de cohérence entre les mots et les actes, cela peut susciter chez eux un sentiment d’insécurité et d’injustice (certains élèves semblent passer entre les mailles du filet, d’autres se sentent ciblés).

La fréquence d’utilisation des rappels à l’ordre (par exemple demander le silence) par un enseignant n’est pas nécessairement en relation avec une bonne gestion de classe.



3) La résignation


Dans certains cas de figure, le ou les enseignants en question peuvent se retrouver dépassés par la situation, car les réponses qu’ils tentent d’apporter ne semblent pas porter leurs fruits. Ils risquent de s’y résigner. Ce n’est une situation acceptable, ni pour l’enseignant, ni pour les élèves, ni pour l’établissement scolaire. Le processus a toutes les chances de se remettre en route dès l’année suivante face à de nouvelles cohortes d’élèves.





Un vecteur d’action principal fragile


Le vecteur d’action est une notion utile en gestion de classe. Le vecteur d’action principal est le fil par lequel l’enseignant mène ses activités du début à la fin du cours. Il représente la façon dont il guide l’attention de ses élèves à travers sa planification et son séquençage des activités d’apprentissage.

Il n’est pas toujours simple de savoir quand ou comment rétablir l’ordre dans la classe quand il a été menacé par des perturbations et quand le vecteur d’action principal a été interrompu.

L’enseignant se trouve alors face à une double difficulté :

  1. Éteindre l’incendie
  2. Reprendre le cours de ses enseignements.
Des interventions qui échouent peuvent même produire l’effet contraire et accentuer le désordre.

Cela a d’autant plus de chances de se produire si le vecteur d’action principal n’est pas constant ou s’il est très fragile et approximatif.

Le principe des interventions préventives en gestion de classe est de renforcer un ordre préexistant, de l’entretenir et de dynamiser le vecteur d’action principal. 

Le principe des interventions correctives en gestion de classe est de réparer un ordre préexistant, de relancer rapidement un vecteur d’action principal mis en difficulté. 

Les interventions correctives ne peuvent toutefois créer un ordre qui n’existait pas auparavant, ni relancer le cours de l’enseignement si le vecteur d’action principal était cahotant.

Une intervention de l’enseignant ne peut rétablir le vecteur d’action principal que si celui-ci est déjà précédemment bien établi.

Dans une situation où il n’y a pas d'abord de vecteur d’action principal, les vecteurs secondaires (ceux déclenchés par des élèves perturbateurs) prennent naturellement de l’ampleur. L’intervention de l’enseignant n’a pratiquement pas d’effet si ce n’est à court terme. 

Le niveau d’ordre et l’efficacité des interventions de l’enseignant dépendent de la force du vecteur d’action principal préexistant. Tout ceci montre l’importance primordiale des interventions préventives, préalables et en classe, de même qu’une bonne préparation de celles-ci.




Réinvestir dans les interventions préventives


Les causes et les solutions en matière de gestion de discipline sont donc à trouver en partie au niveau de la prévention.

Les enseignants efficaces interviennent avant que ne se manifestent les problèmes. Ils effectuent des interventions qui favorisent chez leurs élèves l’adoption de bons comportements.

Inversement, les enseignants qui éprouvent des difficultés à gérer efficacement les comportements des élèves ont plus tendance à intervenir trop tardivement ou à ne pas intervenir du tout. Ils interviennent plus en réaction aux comportements problématiques des élèves qu’en prévention.

Si la prévention a été mal gérée au départ, elle constitue un terreau fertile pour l’apparition de perturbations, les limites n’étant pas claires pour les élèves. De même, une prévention mal installée rend le vecteur d’action principal moins clairement visible et dynamique.

De même, une multiplication des perturbations rend la réaction moins aisée à gérer pour l’enseignant. Il peut avoir laissé de côté toute une part des interventions préventives qui fluidifient et pacifient le climat de classe, tel que l’usage du renforcement positif. La persistance d’un climat tendu risque de favoriser chez l’enseignant des réactions qui peuvent manquer de consistance et de constance et peuvent paraitre disproportionnées ou injustes pour les élèves, alimentant par là même le processus de désordre.

Le niveau d’ordre et l’efficacité des interventions de l’enseignant dépendent du timing. L’intervention doit avoir lieu avant que le vecteur secondaire n’ait gagné en puissance. Les bons gestionnaires de classe vont donc intervenir le plus tôt possible de manière privée pour ne pas interrompre le fil des activités.

Voir articles :

  1. Conseils pratiques de gestion de classe liés aux actions préventives préalables aux cours
  2. Conseils pratiques de gestion de classe liés à des interventions préventives en classe
  3. Importance de la circulation et des interactions sociales de l’enseignant en classe



Repenser ses interventions correctives


Les causes et les solutions en matière de gestion de discipline sont à trouver également au niveau de la réaction. L’enseignant qui rencontre des difficultés gagne à revoir ses stratégies d’interventions.

Il gagne à repenser ses processus, leur planification et vérifier s’il fait un bon usage pertinent et éclairée de la panoplie d’interventions possibles. Est-il prêt ? 

Voir l’article suivant pour des éléments de diagnostic :
Conseils pratiques de gestion de classe liés aux interventions correctives






Bibliographie


Edmund T. Emmer, Carolyn M. Evertson, Classroom Management for middle and high school teachers, Pearson, 2017

Steve Bissonnette, Clermont Gauthier & Mireille Castonguay, L'enseignement explicite des comportements, Chenelière, 2017

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