samedi 22 décembre 2018

Apprendre, c'est travailler : facteurs de motivation intrinsèque et extrinsèque chez les élèves et impact des enseignants !

Apprendre, c'est travailler. Cela ne veut pas dire que l'apprentissage doit être pénible, mais que les élèves doivent s'efforcer de prêter attention, d'étudier et d'accomplir consciencieusement les tâches qui leur sont assignées, et ils doivent y trouver de la motivation.


(Photographie : Maiya Hershey)




Motivation intrinsèque


La motivation intrinsèque correspond à des comportements entraînés par des récompenses internes. La propension à s’engager dans un comportement trouve sa source à l’intérieur de l’élève parce qu’elle est gratifiante en elle-même.

Le caractère intrinsèque de la motivation dépend de l'intérêt que porte l’élève à la matière apprise.

Pour entretenir la motivation intrinsèque des élèves, l'enseignant peut viser à stimuler leur intérêt, à les attirer par un contexte original, des démonstrations surprenantes, où à tâcher de les concerner en leur faisant prendre conscience des enjeux en cours, en reliant les sujets à la vie personnelle des élèves ou en leur permettant de découvrir l'information par eux-mêmes sous forme de challenge.

Si rendre le cours attrayant peut améliorer son accueil, si une telle entrée en matière peut susciter un intérêt situationnel et de l'étonnement à bon escient, sa nature essentiellement introductive est appelée à s'éteindre rapidement lorsque l'on entrera dans le vif de la conceptualisation et son traitement prolongé.

Le vrai challenge se trouve dans la manière de stimuler l'engagement prolongé des élèves à la tâche et à la mobilisation de leur attention, puisque seule une motivation intrinsèque va assurer de manière performante la stabilité de l'attention et de la persévérance, toutes deux indispensables à un apprentissage effectif.




Facteurs psychologiques de la motivation intrinsèque


1) La valeur du but


Les élèves qui réussissent bien accordent une valeur importante aux apprentissages scolaires. Cette valeur renvoie à l’intérêt de l’élève pour la matière étudiée mais aussi à l’importance et à l’utilité accordée par l’élève aux thèmes abordés.

Un élève motivé est donc un élève qui privilégie l'apprentissage et qui accorde de la valeur et de l'utilité à celui-ci.



2) L'attente de réussite


Les élèves qui réussissent ont des buts de maîtrise : ils ont envie de développer une maîtrise et d'atteindre une pratique sûre et efficace.

On distingue classiquement :

  • les buts de performance, fondés sur la norme et la comparaison sociale, 
  • les buts de maîtrise qui appartiennent au domaine du plaisir 

Le but de maîtrise impliquerait une évaluation auto-référencée de l’élève, organisée autour de sa progression personnelle. Les élèves poursuivant des buts de maîtrise persistent davantage dans les tâches et sont moins vulnérables à l’échec. L'échec est évalué et perçu comme un moyen de comprendre ses lacunes, ce qui permet de guider la mise en œuvre de nouvelles stratégies plus adaptées.

L'enjeu est qu'un élève motivé va travailler avant tout pour lui-même et ne va pas se projeter dans une compétition, mais analyser ses propres pratiques dans une démarche réflexive et évaluer sa progression au fil du temps en vue d'un objectif final.




3) L'auto-efficacité


Les élèves qui réussissent ont une bonne auto-efficacité : ils pensent qu’ils ont les compétences pour réaliser le type de tâche visé, ils ont confiance dans leurs compétences.

Les élèves qui se sentent capables de conduire leur apprentissage vont davantage mettre en œuvre des stratégies d’étude adaptées. Ils prennent du plaisir dans certaines tâches qui peuvent être plus exigeantes mais qui présentent un certain niveau de défi.

Les élèves qui se sentent compétents dans leur domaine font preuve de plus de persistance dans les tâches et ils cherchent davantage des solutions alternatives aux situations de problèmes étudiés et se posent d'avantage de questions.

Les tests imposés, leur évaluation et les erreurs rencontrées sont perçus par ces élèves comme des étapes du processus d’apprentissage et non comme une sanction.

Un élève motivé a une bonne auto-efficacité, qui l'amène à choisir de bonnes stratégies, il persiste dans la difficulté et se pose des questions et ressent une satisfaction à travers sa progression.

Un concept alternatif à celui de l'auto-efficacité est le sentiment de compétence. Les deux sont développés plus largement ici :

http://par-temps-clair.blogspot.com/p/motiver-orienter.html



Impact des enseignants sur les facteurs intrinsèques


Laisser voir l'utilité !


  • Il est important de montrer aux élèves l’utilité des connaissances, notamment avec des mises en situation, de nombreux exemples contextualisés et des tâches de transfert dans lesquelles les élèves mesurent eux-mêmes l’utilité de ces connaissances. Il ne s'agit donc pas de dire, mais de montrer, de laisser voir.



Expliquer les démarches pédagogiques ! 


  • Il est également important d'expliciter et de justifier l’utilité des activités pédagogiques choisies par l’enseignant en lien avec les objectifs pédagogiques. Il peut sembler évident pour un enseignant de faire réaliser telle ou telle activité à ses élèves, mais ceux-ci n’ont pas toujours conscience de l’intérêt pédagogique de telle ou telle activité, même si c’est une pratique habituelle. Expliquer la démarches aux élèves, leur permet aussi de focaliser leur attention dans la bonne direction.


Varier les approches de manière cohérente et mesurée ! 


  • Ce n’est pas parce qu’une situation est effectivement proche de la réalité qu’elle va être perçue comme utile. Proposer des tâches nouvelles, variées et avec un degré d’exigence raisonnable, permet de rompre avec une certaine monotonie particulièrement dans la pratique guidée et la pratique autonome. Varier les tâches permet de renouveler l’intérêt et l’engagement des élèves, si et seulement si le niveau de défi reste raisonnable.


Maintenir un niveau de difficulté adéquat !


  • La motivation d'un élève à déployer un effort maximal sera influencée par sa perception de la différence entre 
    • sa probabilité de réussite s'il s'investit dans l'apprentissage et
    • sa probabilité de réussite s'il ne le fait pas
  • Si un élève est sûr de réussir ou d'échouer, quels que soient ses efforts, l'incitation sera très faible. Ce sera probablement également le cas si une matière est présentée à un niveau beaucoup trop facile ou trop difficile pour l'élève. 
  • L'incitation à l'engagement est élevée lorsque le niveau d'instruction est approprié pour un élève. Il peut percevoir dès lors qu'avec l'effort qu'il fournira, la matière peut être maîtrisée. L'effort demandé est ressenti comme profitable, rentable et pertinent. 



Favoriser une évaluation formative avec rétroaction! 


  • La pratique de l'évaluation formative permet de maintenir un niveau de motivation élevé : un système d’évaluation centré sur le progrès et la maîtrise favorise le développement des buts de maîtrise chez les élèves. 
  • L’évaluation doit pointer des compétences déjà acquises et leur maîtrise, aider l’élève à mesurer l’évolution de ses compétences, le chemin déjà parcouru et celui qu'il reste à accomplir en pointant des pistes. 
  • L’analyse approfondie des erreurs et de leurs causes amène les élèves à considérer l’erreur de manière constructive.



Développer l’intérêt situationnel ! 


  • Chaque lien avec la réalité, le vécu, l'actualité, des applications de la matière enseignée et  avec des contextes professionnels peut être un moyen d'éveiller un intérêt situationnel.
  • L’intérêt situationnel correspond à l’intérêt que l’élève porte à une situation particulière de cours. Cet intérêt est très sensible au contexte, et par conséquent reste fluctuant. Bien que de durée limitée, il est susceptible de favoriser l'apparition d'un intérêt individuel.
  • L'intérêt individuel (ou personnel) renvoie à l’attrait que représente pour l’élève, une discipline ou un domaine sur une longue période. Son avantage est qu'il est plutôt stable dans le temps, peu sensible à des effets de contexte et très favorable à la motivation intrinsèque et à l'engagement. Il est difficile d’avoir une action directe sur l’intérêt personnel, mais ce dernier se développe toujours au départ d’un intérêt situationnel qu'on peut lui susciter.


NB : Pour plus de renseignements sur les concepts d'auto-efficacité, d'intérêt situationnel et individuel, ou d'évaluation formative et de rétroaction, on renverra vers les pages du site qui en traitent.




Motivation extrinsèque


La motivation extrinsèque vient de l'extérieur et s'impose à l'élève sous forme de menaces de sanctions ou de récompense en fonction du respect de normes, du travail investi et des résultats obtenus. 

Pour les élèves, elle est créée par l’enseignant, le contexte scolaire, culturel ou familial et se traduit souvent par une pression de réussite et de conformité aux normes comportementales.



Impact des enseignants sur la motivation extrinsèque


Il n'est pas toujours possible de rendre toutes les matières intrinsèquement intéressantes pour tous les élèves en tout temps. La plupart des élèves ont besoin d'une sorte d'incitation extrinsèque pour exercer un niveau d'effort adéquat dans la plupart des tâches scolaires. 

Un facteur clé en contexte scolaire est que les élèves devraient généralement être tenus responsables de ce qu'ils font, que ce soit à l'échelle individuelle, à l'échelle d'un groupe d'élève ou d'une classe entière.

Un vecteur de motivation important au niveau des apprentissages trouve une expression forte dans la vérification de la compréhension et l’évaluation formative. 

Récompenser les élèves en fonction de leurs progrès par rapport à leur propre passé a également été considéré comme un système d'incitation efficace.

On peut utiliser des incitatifs formels (notes ou sanctions) ou informels (rétroaction et remarques). De même, des retours réguliers vers les parents favorisent un axe de collaboration et d'harmonisation entre école et familles. Les contrats de travail ou de discipline qui peuvent être décidés pour un élève particulier entrent également dans ces considérations.

Un autre exemple est celui des contingences de groupe, dans lequel l'ensemble de la classe ou des groupes au sein de la classe sont récompensés sur la base du comportement de l'ensemble du groupe ou de la classe.

Les méthodes d'apprentissage coopératif qui font appel à des élèves qui travaillent en petits groupes pour maîtriser le matériel scolaire sont également efficaces pour améliorer le rendement des élèves. L'apprentissage coopératif met en place une interdépendance positive qui incite les élève à s'encourager et à s'entraider pour réussir. 


(publié le 3 mai 2018 - mis à jour le 22 décembre 2018)

Bibliographie 


Franck Amadieu, Andre Tricot. Les facteurs psychologiques qui ont un effet sur la réussite des étudiants. Psicologia USP, Universidade de São Paulo, 2015.

Robert Slavin,  A Model of Effective Instruction, Educational Forum, v59 n2 p166-76, 1995

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