mercredi 9 août 2017

Vers une culture de l'évaluation formative, sensible, réactive et adaptative, pour la réussite et la progression de tous les élèves

Qu’implique l’adoption de l’évaluation formative pour les enseignants et qu’attend-on des élèves en retour ?

Quels sont les changements induits en matière de relation entre élèves et enseignants et entre enseignants et établissement dans le cadre d’une adoption large des principes d’une évaluation formative ?

(Photographie : Florent Bachelier)


S’il y a un chercheur emblématique dans la défense et la diffusion de l’évaluation formative telle qu’on la connait maintenant, il s’agit de Dylan Wiliam. Dans une interview publiée dans le Times Educational Supplement (TES), il a déclaré :

« La grande erreur que Paul (Paul Black et Dylan Wiliam sont les auteurs de “Inside the Black Box: Raising Standards Through Classroom Assessment”, un article séminal en 1998) et moi avons commise, a été d’appeler ces choses » évaluation « .... parce que lorsque vous utilisez le mot évaluation, les gens pensent aux tests et aux examens ».

Depuis les Anglais privilégient les appellations « Assessment for learning » (AFL) (évaluation au service de l’apprentissage) ou plus dernièrement « Responsive teaching » (il n’existe malheureusement pas de traduction idéale en français pour le terme « responsive » puisqu’il regroupe à la fois le sens d’adaptatif, sensible ou réactif). Ces appellations plus récentes ont comme principal intérêt de mettre en avant la dimension relationnelle du concept d’évaluation formative.



Un enseignement au service des apprentissages


D’une manière similaire à la vérification de la compréhension, mais de manière plus globale, l’évaluation formative permet aux enseignants d’ajuster leurs pratiques.

L’évaluation formative motive l’enseignant à rendre les objectifs d’apprentissage plus lisibles et élaborés pour l’élève :

  • L’enseignant explique à l’élève à quoi servira le cours qui va suivre et comment il s’intègrera dans le cadre du programme. 
  • Des objectifs d’apprentissage imprécis entraînent des difficultés pour les élèves en ce qui concerne leurs apprentissages. Ces difficultés seront révélées dans le cadre l’évaluation formative, et cela bien avant l’évaluation certificative.


Les enseignants tendent à appliquer des stratégies d’évaluation qui sont étroitement liées aux objectifs d’apprentissage développés en classe :

  • Ces évaluations reflètent précisément les progrès et l’apprentissage en cours des élèves.
  • L’alignement curriculaire s’en trouve renforcé. 

L’évaluation formative incite l’enseignant à orienter l’enseignement vers des approches typiques de l’enseignement explicite et promues par les sciences cognitives :
  • Il parait vite indispensable de modéliser les méthodes de résolution de problèmes à partir d’exemples résolus.
  • Cela pousse à introduire des outils tels que des organisateurs graphiques (ou cartes conceptuelles) pour aider les élèves à appréhender progressivement des concepts complexes.
  • L’importance d’enseigner les stratégies cognitives s’impose lorsque l’on invite les élèves à réfléchir et à améliorer leurs méthodes de travail personnelles si celles-ci s’avèrent déficientes.
  • L’intégration d’approches efficaces comme démontrée par la psychologie cognitive devient naturelle : effet d’espacement, effet de test, entremêlement, double codage, interrogation élaborative ou exemples concrets. 

L’évaluation formative permet d’identifier clairement les facteurs à l’origine des écarts de résultats parmi les élèves :

  • Elle incite l’enseignant à adapter ses pratiques pour répondre aux besoins identifiés. 
  • L’accent est mis sur l’intégration et la consolidation des connaissances en mémoire à long terme, afin de fluidifier les performances de la mémoire de travail et éviter sa saturation.


L’évaluation formative favorise les interactions positives entre enseignants et élèves dans un but commun d’apprentissage efficace.

  • Il s’agit d’aider les élèves à comprendre et à ajuster leur propre manière d’apprendre par le dialogue, la réflexion, l’analyse. Ils deviennent plus enclins à la faire évoluer.


Étant un outil d’identification des obstacles rencontrés par les élèves en cours d’apprentissage et non au terme de celui-ci, l’évaluation formative permet à l’enseignant de s’engager vers la médiation et la remédiation immédiate :

  • L’enseignant est amené à optimiser le temps d’enseignement. 
  • La remédiation des difficultés d’apprentissage peut revêtir différentes formes : exercices supplémentaires, nouveaux types de matériel pédagogique, tutorat individuel, utilisation de l’outil informatique, etc. 
  • Des mesures de renforcement porteuses peuvent être prises au niveau des méthodes de révision, des compétences pour réviser, de l’évaluation entre pairs et de l’auto-évaluation.


L’évaluation facilite les démarches réflexives chez l’enseignant qui se pose de meilleures questions sur ses pratiques grâce à l’information qu’il reçoit en retour :
  • S’est-il assuré de la bonne compréhension par les élèves des objectifs en cours d’apprentissage ? 
  • Les objectifs sont-ils limpides, complets et structurés ? 
  • Les exemples fournis sont-ils de qualité et recouvrent-ils bien les concepts enseignés ? 
  • Le suivi de l’apprentissage des élèves est-il continu ? 
  • Vérifie-t-on l’acquisition à la fois des savoirs, des procédures et de leurs transferts ? 
  • Fournit-il des commentaires précis qui aident à l’apprentissage ? 
  • Informe-t-il l’élève également sur ses atouts et les stratégies pour persévérer ?

L’évaluation formative permet de s’intéresser plus au processus d’apprentissage qu’au résultat de celui-ci, même s’il reste en ligne de mire. C’est un outil de diagnostic sur l’apprentissage de l’élève qui permet de mettre en évidence à la fois les progrès des élèves, mais aussi leurs faiblesses ou manques. Ces manques peuvent porter soit sur :
  • Une maîtrise imparfaite ou erronée de connaissances et savoir-faire : L’interprétation doit mettre l’accent sur des points d’intervention plutôt techniques et ponctuels. Elle doit proposer éventuellement des supports de révision sur des prérequis manquants, des retours sur des notions non maîtrisées ou des exercices supplémentaires. 
  • Une mémorisation ou une acquisition incomplète des connaissances et savoir-faire : L’observation se fera surtout sur la façon de procéder de l’élève. On cherchera à comprendre son fonctionnement cognitif par des échanges de manière à identifier les écueils sources de difficultés. Le but sera dès lors d’aider l’élève à s’engager dans l’adoption de stratégies plus adéquates. 



Implication active des élèves dans les processus d’apprentissage


Grâce à l’évaluation formative, l’élève prend connaissance des étapes qu’il a franchies, des difficultés qu’il rencontre, les verbalise et entame les démarches de résolution. L’élève formalise et analyse ses difficultés.

L’évaluation formative et la rétroaction qui l’accompagne, laissent du temps à la réflexion, laissent une trace écrite qui permet des retours et facilite la prise d’engagements précis et leur vérification tacite par la suite. 

On considère que les élèves ne sont plus des « sujets » (passifs) de l’évaluation, mais également des « acteurs » (stimulés) de l’apprentissage :
  • L’évaluation formative accroît l’autonomie et la prise de responsabilité des élèves face à leurs apprentissages. 
  • Elle permet à l’élève de modifier son approche et son travail de la matière en cours en profitant de la rétroaction de l’enseignant. Elle l’incite à faire preuve de réflexivité. 
  • L’élève tend à analyser ses propres pratiques et à élaborer des stratégies adaptées pour mieux apprendre dans un contexte spécifique. 
  • L’élève devient peu à peu acteur de son apprentissage dans le cadre du cours considéré tout en étant guidé si nécessaire. 
  • Les effets de l’évaluation formative vont donc aussi dépendre des actions qu’il va mener pour réduire les écarts, de son degré d’implication, du sens qu’il va donner à l’évaluation et à ses divers aspects. On peut l’inciter à réagir, en partenariat avec les parents, mais en dernier recours c’est l’élève qui tient les clés.

L’objectif est d’accompagner, de guider les élèves dans le développement de leurs stratégies métacognitives et de leurs méthodes :
  • Épaulés par l’évaluation formative et la rétroaction, les élèves sont ainsi mieux munis pour évaluer leurs propres démarches et deviennent mieux armés pour transférer et appliquer des compétences spécifiques face à des contenus qui vont en se complexifiant. 
  • Les élèves développent des stratégies de maîtrise de leurs processus d’apprentissage et stabilisent un corpus de connaissances. 
  • Les stratégies sont essentielles pour parvenir à une autorégulation efficace de l’apprentissage et améliorer la qualité des connaissances, car elles aident les élèves à adapter leur apprentissage aux caractéristiques particulières des tâches qu’ils ont à accomplir. 
  • L’évaluation formative en augmentant le nombre d’aller-retour bénéfiques entre la maîtrise des objectifs et les actions qui permettent peu à peu cette maîtrise, devient un accélérateur d’apprentissage. 

L’évaluation formative est un vecteur d’égalité dans la mesure où elle permet de guider et d’orienter le travail des élèves à domicile. C’est particulièrement pertinent pour les élèves qui ne sont pas aidés dans leur foyer. L’évaluation formative est un support sur lequel engager ces élèves dans un dialogue réflexif et les conseiller de manière pertinente en leur permettant un cheminement individuel.

L’évaluation formative favorise la motivation intrinsèque des élèves. En effet, l’évaluation formative permet aux élèves de situer leur compétence par rapport aux exigences demandées. Elle offre de multiples occasions de rencontrer le succès avec des volumes de matière réduits. Si les élèves perçoivent que leur progression est adéquate, leur motivation peut être accrue.

L’évaluation formative favorise l’auto-évaluation :
  • L’auto-évaluation est indispensable à l’apprentissage, car les élèves ne peuvent atteindre un objectif d’apprentissage que s’ils comprennent cet objectif et sont capables d’apprécier eux-mêmes leurs besoins pour l’atteindre. 
  • Les critères d’évaluation des acquis doivent donc être transparents. Il s’agit que les élèves puissent se faire une bonne idée d’ensemble des objectifs par leur travail et de ce qu’ils doivent faire pour l’accomplir correctement. 
  • À mesure que l’apprentissage se déroule, commence à se dessiner une vue d’ensemble de l’attendu dans sa globalité, ce qui donne aux élèves la possibilité de mieux le gérer et le maîtriser. L’élève devient capable de sentir s’il est prêt pour une évaluation ou non. 


Vers une culture d’école


La pratique de l’évaluation formative impose cependant des contraintes qui doivent être permises par la culture et le fonctionnement de l’école ou sont enseignants et élèves :
  • La mise en œuvre de critères d’évaluation et une optimisation des effets de l’évaluation formative nécessitent l’établissement de processus et d’échanges par une contractualisation entre l’enseignant et les élèves. Celle-ci prend forme via le document d’intentions pédagogiques. 
  • Cela nécessite également d’instaurer des entretiens d’évaluation sous une forme ou une autre, individuels et idéalement collectifs. Instaurer un temps de mise en confiance où les apprenants peuvent évoquer où ils en sont à l’issue d’évaluations formatives et dans la perspective de l’arrivée de l’évaluation certificative. 
  • Il faut permettre et inciter les élèves à prendre conscience des stratégies que les autres utilisent et mettent en place. On favorise ainsi la métacognition et les amener à porter un regard réflexif sur leurs activités afin de se remettre en question.
  • Les élèves doivent être formés en ce qui concerne les stratégies d’apprentissages efficaces mises en évidence par la psychologie cognitive afin de tirer le meilleur profit de l’évaluation formative.   
  • La logique de l’évaluation formative déborde plus largement sur l’évaluation certificative. Sa logique de fonctionnement permet de considérer, après un délai raisonnable, une seconde évaluation certificative si la compétence n’est pas acquise lors de la première évaluation certificative. Une évaluation certificative qui se solde par un échec est en quelque sorte une évaluation formative qui pointe le travail qui reste à accomplir avant une nouvelle évaluation certificative. 

L’évaluation formative renforce une culture de l’évaluation dans laquelle les enseignants et les équipes dirigeantes se servent des informations sur les élèves pour générer de nouvelles connaissances sur ce qui fonctionne et pourquoi. Ils partagent leurs connaissances avec leurs collègues et développent leurs capacités à répondre à un éventail plus large de besoins d’apprentissage. Par exemple, des défaillances de méthode de travail dans une branche sont corrélées à des difficultés dans l’une ou l’autre branche et donc les solutions à mettre en place deviennent transversales.

La culture de l’évaluation renvoie à l’élaboration d’un langage commun concernant les objectifs de l’apprentissage et de l’enseignement. Elle correspond à une conception partagée des buts et moyens de l’évaluation formative pour répondre à ces objectifs.

Dans l’idéal, les informations recueillies dans le cadre des évaluations formatives servent à éclairer les stratégies d’amélioration à chaque niveau du système éducatif :
  • Au niveau des classes, les enseignants recueillent des informations sur les acquis des élèves et ajustent leur enseignement pour répondre aux besoins d’apprentissage identifiés. 
  • Au niveau des établissements, les équipes de direction se servent des informations pour déterminer les forces et les faiblesses de leur établissement et concevoir des stratégies d’amélioration.

Le cadre général de l’évaluation formative permet aux enseignants de mieux organiser leur réflexion sur l’apprentissage des élèves. Ils sont mieux amenés à s’informer de façon plus ciblée sur les méthodes basées sur les recherches pour améliorer l’apprentissage des élèves. 

Les enseignants gagnent en expertise et en efficacité lorsqu’ils attachent une attention particulière à leur impact sur l’apprentissage des élèves et tâchent de l’améliorer.




(mise à jour le 02/02/20)

Bibliographie


De Landsheere, V., « Une école sans échec. Implantation de pratiques d’évaluation formative dans des classes d’école primaire. »,    Informations pédagogiques n°38 — décembre (1997)

Évaluation formative, Cognition Apprentissage Enseignement, TELUQ http://wiki.teluq.ca/ted6210/index.php/Evaluation_formative (2017)

LEJEUNE Joseph, ouvrages de référence sur l’évaluation et spécialement sur l’évaluation formative. (1994)

Morrissette, J. « Un panorama de la recherche sur l’évaluation formative des apprentissages. Mesure et évaluation en éducation », 33 (3), 1-27. (2010)

OECD, L’évaluation formative : Pour un meilleur apprentissage dans les classes secondaires, OECD Publishing, Paris. (2005)

Pourtier, A, 2010, « L’évaluation formative » http://www.ac-grenoble.fr/ien.bourgoin3/IMG/pdf_L_evaluation_formative.pdf (2010)

Younes, N ; Gaime, E. L’évaluation formative en contexte : points de vue d’enseignants, points de vue d’élèves. Diversité, VEI, pp.161-166. (2012)

0 comments:

Publier un commentaire