lundi 28 août 2017

mercredi 23 août 2017

lundi 21 août 2017

vendredi 18 août 2017

Pourquoi adopter l'approche orientante? (partie 4 & fin : le point de vue de l'élève, types de profils et phases de réflexion)

Dernière partie de cette synthèse personnelle sur l'approche orientante en prenant en compte cette fois l'angle de l'élève en fonction de différents profils et de phases dans lesquelles il doit passer.

Pour ceux intéressés d'en savoir plus sur le sujet, je recommande l'excellent ouvrage de Damien Canzittu et Marc Demeuse sur le sujet (voir bibliographie)

  


Tous les adolescents ne réagissent pas de la même manière face aux questions de l’orientation. On peut distinguer les profils suivants pour lesquels l’approche orientante peut avoir un réel impact positif :

1.     Les bons élèves sont ceux qui ne rencontrent pas d’accroc lors de leur parcours scolaire et qui passent sans soucis d’une année à l’autre. Une part non négligeable d’entre eux va avoir tendance à postposer tout choix durant le parcours dans l’enseignement secondaire. Ils ont tendance à privilégier des choix d’options prestigieuses dans l’enseignement général pour se garder toutes les opportunités ouvertes.  Ils ont des ambitions scolaires précises, mais des intentions professionnelles floues et changeantes. Beaucoup d’élèves de l’enseignement général arrivent ainsi au terme de leur propre cursus secondaire sans avoir rencontré de difficultés et sans s’être posé beaucoup de questions. Souvent, ils n’ont tout simplement aucune idée de ce qu’ils vont bien pouvoir faire après. Ils ne sont pas préparés par l’école en ce qui concerne leur orientation, comme tout a toujours bien fonctionné pour eux et peuvent faire des choix de dernière minute qu’ils vont devoir corriger par la suite. Plus tôt ils seront amenés à y réfléchir et mieux ils seront armés pour y répondre, mieux ils pourront se prémunir de faux départs dans l’enseignement supérieur.

2.     Un autre profil est celui d’élèves qui ont un parcours moins évident dans le secondaire, qui rencontrent des difficultés ponctuelles ou récurrentes dans certaines matières, ce qui peut les mener parfois à une année (ou deux) de retard ou à des secondes sessions repétées et à des échecs récurrents d’année en année. Parmi eux, certains vont se projeter dans des projets d’étude qui ne correspondent pas à leurs capacités scolaires réelles et développer une croyance illusoire en leur réussite malgré des contraintes et des niveaux exigences élevés auxquels ils veulent s’affronter qui sont pourtant évoqués par certains. Ils visent des finalités improbables, qui vont les mener rapidement à des constats d’échecs qui vont aboutir à une capitulation face à leur projet initial sans alternative entrevue.

3.     Il y a également les élèves qui sont résignés et désabusés. Ils font face et parfois simplement, ils ne font pas face à des difficultés qu’ils pensent en eux-mêmes insurmontables, accompagnés d’un faible engagement et d’une motivation défaillante. Leur progression ressemble à une suite de choix par défaut, de moins en moins valorisés, de moindre mal. S’ils sont conscients de la dynamique de renoncement dans laquelle ils se trouvent, non accompagnés, il restent dans l’incapacité à reconstruire une motivation ou à construire un sens à leur expérience scolaire.

4.     Puis il y a les élèves qui réagissent de façon pragmatique et rationnelle aux facteurs déterministes et au peu d’information qu’ils reçoivent sans entamer un réelle démarche réflexive. Le différence entre un désir d’orientation pas réellement exploré avec toute la profondeur nécessaire et la réalité d’un quotidien, amène ceux-ci à faire correspondre par réalisme, leurs préférences, à leur niveau scolaire. Ils renoncent à des accomplissements plus prestigieux à leurs yeux car ils leur semblent inaccessible, n’en ayant pas fait véritablement l’analyse nécessaire. Il se satisfont de ce que leur parcours scolaire leur renvoie d’eux et se laisse porter vers la direction la plus probable, qui risque de ne pas correspondre. C’est une façon pour ces élèves de trouver leur place en acceptant ce qui leur semble imposé, ce vers quoi l’environnement extérieur les détermine en fonction de leurs performances et de leur contexte socio-culturel. Le danger dans cette démarche c’est d’être victime d’un déterminisme parfois marqué comme la culture familiale, la relégation scolaire, par le manque d’information et le manque de réflexivité. Le danger pour ces personnes c’est de se réveiller un jour, au cours de leurs études, à la fin de celles-ci ou au début de leur vie active et de se poser la question du sens et se poser la question de savoir s’ils ne se sont pas fourvoyés, d’autres expériences leur ayant amené entre temps une meilleure connaissance d’eux-mêmes. Les cas typiques de cette dernière catégorie sont les élèves issus de familles défavorisées, trop éloignées des savoirs scolaires ou peu familières avec les stratégies efficaces.


La question de l’orientation n’est donc pas réservée aux élèves en difficulté. Il s’agit d’un accompagnement vers une maturité vocationnelle qui vise à permettre de prendre des décisions en étant suffisamment informé. Pour arriver à cette démarche, l’élève doit passer par quatre phases qui ne se déroulent pas forcément de manière linéaire et n’excluent pas un éventuel retour en arrière :
1.     L’exploration correspond au recueil d’informations dans l’environnement scolaire et professionnel à proximité du jeune.
2.     La clarification permet au jeune de clarifier un domaine dans lequel va s’inscrire le projet.
3.     La spécification est la phase de précision du projet professionnel.
4.     La réalisation concerne la dernière phase au cours de laquelle le projet est réalisé.


Bibliographie :

Canzittu, D. & Demeuse, M. (2017). Comment rendre une école réellement orientante ? Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.

Lecolier, F ; L’approche orientante : une recette miracle ? Analyse FAPEO 2/15 (2016)

Lontie, M. ; L’approche orientante : pour une orientation d’abord centrée sur l’élève.
Analyse UFAPEC n°31.16 (2016)

Guichard, J « Comment aider les jeunes formés dans une école malade de l’orientation à s’orienter dans la vie ? », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 42/2 | 2013, mis en ligne le 07 juin 2016, consulté le 30 septembre 2016.

Degives, J, « L’éducation aux choix », Entrées Libres, n°97, mars, p 14-15, 2015

Demeuse, M, « L’Approche Orientante mise en perspective », Actes du Colloque sur l’Approche Orientante, AJB (2016)

Friant,N ; Demeuse, M ;  « Un modèle du prestige des options dans l’enseignement secondaire de transition en Communauté française de Belgique », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 40/2 | 2011, mis en ligne le 01 juin 2014, consulté le 30 septembre 2016.

Gingras M. « L’approche orientante », La Nuit de l’orientation, (2008)

Mark L. Savickas, Laura Nota, Jérôme Rossier, Jean-Pierre Dauwalder, Maria Eduarda Duarte, Jean Guichard, Salvatore Soresi, Raoul Van Esbroeck, Annelies E. M. van Vianen et Christine Bigeon, « Construire sa vie (Life designing) : un paradigme pour l’orientation au 21e siècle », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 39/1 | 2010, mis en ligne le 15 mars 2013, consulté le 29 septembre 2016.


Bernadette Dumora, « Le conseil constructiviste auprès d’adolescents : sa pertinence et ses limites », L'orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 39/1 | 2010, mis en ligne le 15 mars 2013, consulté le 02 octobre 2016.

jeudi 17 août 2017

Pourquoi adopter l'approche orientante? (partie 3 : les tenants et aboutissants de l'approche orientante)

Après un état des lieux général de l'orientation et de ses spécificités, explorons maintenant les tenants et aboutissants de l'approche orientante : 


L’approche orientante


1.     L'orientation trouve son origine dans un processus de découverte de sa propre identité et par la mise en évidence évolutive de ses affinités et aptitudes. C'est une démarche personnelle et continue, itérative et faites de méandres.
2.     Les activités, interactions, expériences et relations, que les individus se construisent dans leurs différents contextes de vie, jouent un rôle déterminant. Il est donc porteur de donner la possibilité à tous les jeunes de s’engager dans différentes activités.
3.     Il faut adopter des stratégies itératives, revenir, approfondir, vérifier, se servir d’outils et méthodes nombreux et différents, pour être efficace sur le long terme. Il convient de se centrer sur les processus et croiser les multiples réalités subjectives, plutôt que de s’appuyer sur des normes, une approche abstraite et des vérités toutes faites. L’approche orientante propose une orientation au fur et à mesure du cheminement scolaire, à chaque occasion propice. L’élève est susceptible de ressentir une plus forte motivation si les situations d’apprentissage font échos et enrichissent ses questionnements sur ses futurs choix de formation.
4.     Pour une orientation réussie, le choix d’une filière doit être intrinsèquement lié au développement d’un projet personnel et non pas être uniquement la conséquence de facteurs extérieurs comme les résultats scolaires, l’échec ou le redoublement. Il faut ainsi réduire l’orientation basée uniquement sur des critères non pertinents comme un échec dans tel ou tel cours général qui mène à une relégation sans qu’il y ait un projet déjà entamé avec l’élève.
5.     L’approche orientante propose d’aider l’élève à anticiper son orientation afin de rester maître de son parcours de vie, une orientation imposée est dommageable en termes de motivation et de réussite scolaire. L’idée est que l’élève apprenne à connaitre les métiers, mais aussi à auto-évaluer ses capacités à s’investir dans tel ou tel domaine. Enseignants et parents suscitent une réflexion chez l’enfant qui l’amène à se poser les bonnes questions pour une meilleure connaissance de soi. Etant alors capable d’identifier ce qu’il aime, ce qui le passionne, ce qui l’attire à travers les différentes propositions qu’il croise, il est mieux armé pour poser un choix d’orientation scolaire cohérent lui-même. 
6.     Poser un choix d’orientation nécessite de faire le lien et la synthèse de trois types de connaissances :
1.     la connaissance de soi
2.     la connaissance des filières
3.     la connaissance du milieu professionnel.
7.     Il n’y a pas chez le jeune de « déjà-là »,  de préférences pour l’avenir professionnel pré-inscrites, quelque chose qu’il faut faire émerger. L’orientation est quelque chose à construire, tout au long de la vie. L’adolescent comprend peu à peu qu’il doit associer ses préférences et ses intérêts en matière d’orientation à ses performances.
8.     L’orientation doit être intégrée au projet éducatif de l’école et non être constituée d’actions isolées en marge du fonctionnement habituel, car elle doit concerner tous les intervenants de l’environnement éducatif. L’approche orientante doit devenir une des préoccupations des établissements scolaires.
9.     Le fait que les cours font plus sens lorsque l’élève est en projet, fait que les élèves y accordent davantage de valeur ce qui permet d’améliorer le climat scolaire.

Que travailler chez les élèves ?

1.     Développer les capacités, les compétences, les intérêts des élèves, pour leur permettre de prendre leur propres décisions plutôt que de subir le cours des choses.
2.     Travailler avec les élèves individuellement sur les représentations des professions qui les intéressent, pour les clarifier. Chaque parcours et unique.
3.     Développer l’ouverture à la réflexivité et à ses pratiques.
4.     Aider les élèves : à mieux se connaître, à être davantage motivés sur le plan scolaire, à établir des liens entre leur vécu à l'école et leurs projets de carrière.
5.     Renforcer l’estime de soi, l’auto-efficacité, mettre en projet, faire prendre conscience que le chemin est déjà entamé et se poursuit, qu’il l’amènera à terme à exercer un travail, une profession, une carrière.
6.     Développer des projets professionnels et les enrichir d’informations, de rencontres, d’expériences.
7.     Mobiliser l’élève et le rendre acteur, ne pas tout faire avec lui, mais l’équiper pour le rendre capable de réaliser un certain nombre de démarches. Par exemple préparer une visite à un salon sur les professions ou sur les études supérieures et leur demander d’en faire un feedback par la suite.

Types d’interventions :

1.     Informer et apprendre à s’informer sur les activités professionnelles, le travail et l’emploi dans de le buts de :
a.     Aider à trouver les correspondances entre une profession, les activités majeures auxquelles elle correspond et les exigences de celle-ci.
b.     Evaluer les perspectives d’emploi dans un secteur donné.
c.      Faire le lien entre études et professions.  Quelles sont les exigences pour exercer ce type d’emploi ? Comment s’y préparer ?
d.     Apprendre aux élèves à trouver et à sélectionner par eux- mêmes des informations exactes et pertinentes sur les professions et formations.
e.     Inciter à se poser des questions sur soi-même en fonction des informations récoltées et de leur traitement.
2.     Proposer des interventions de « guidance » et de « conseil » qui visent à aider à développer la réflexivité sur la question de l’orientation et à faire le bilan de leur parcours et de leurs éventuelles difficultés. Il existe différentes expériences de portfolio à ce sujet.
3.     Mettre en place des projets orientants qui mobilisent différentes disciplines.
4.     Faire appel à des conférenciers invités en classe et leur demander de faire écho de leur propre parcours et des questionnements par lesquels ils sont passés.
5.     Permettre aux élèves d’effectuer des observations, des stages d’observation dans des milieux de travail et en faire le bilan par la suite.
6.     Solliciter la participation des parents, eux-mêmes professionnels, dans des soirées d’orientation.
7.     Organiser des visites d’écoles, d’universités, d’entreprises ou de salons.

L'approche orientante entend lier éducation, apprentissages et orientation à travers trois démarches qui sensibilisent les élèves à l’éducation au choix :  

1.     Infuser : c’est le travail des contenus disciplinaires avec les références au monde professionnel et à la connaissance de soi. Il s’agit pour l’enseignant de saisir toutes les occasions données par le programme de la classe pour mettre l’élève en appétit, en recherche et en analyse au regard des métiers et des environnements socio-économiques. Cela peut se traduire aussi par des approches qui favorisent le développement de l’identité et du projet de l’élève.
2.     Coopérer : intégrer dans l’approche orientante tous les acteurs et partenaires impliqués dans l’environnement éducatif, qui partagent les mêmes valeurs et travaillent dans le même sens.
a.     Il faut éviter que l'orientation d'un jeune repose sur une décision ponctuelle, sur une personne en particulier ou sur une fonction/profession particulière.
b.     Il faut des moments de rencontre, de formation et de coopération entre les différents acteurs de l’approche orientante, notamment les représentants du centre PSMS dont l’orientation est une des missions et qui aide le jeune à se poser des questions sur son orientation.
c.      Il faut utiliser les ressources offertes par les milieux professionnels et les services et activités liés à l’orientation de divers organismes et établissements d’enseignement.
d.     Les parents ont un rôle déterminant à jouer dans le processus d’orientation de leur enfant. Par leurs attentes, leurs intérêts et leur conception de filières et des métiers, ils influencent directement leurs enfants. Ils ont aussi un rôle décisif dans les choix d’orientation de leur enfant et un rôle de soutien. De même l’adolescent a besoin de parler à ses parents de ce qu’il vit, de ses projets. Les parents aideront d’autant plus le jeune dans ses démarche et sa découverte de lui-même qu’ils sont eux-mêmes sensibilisés à cette mission éducative.

3.     Mobiliser : Le but est de susciter et d’entretenir la motivation de l’élève dans sa propre démarche d’orientation. Il s’agit de l’intéresser et l’amener à se renseigner, à réfléchir puis à s’engager dans une ou plusieurs voies. Tout au long du processus, il doit garder un droit à l’erreur et la possibilité de se donner une nouvelle direction. Il s’agit de proposer des situations qui permettent aux élèves d’identifier clairement ce qui les motive ou pas, ce qui correspond à leurs attentes et à leurs capacités, des situations qui leur permettent de répondre à des questions qu’ils se posent et d’ouvrir vers de nouvelles réflexions. En même temps, il faut éviter tout déterminisme et toutes décisions d’orientation hâtives qui couperaient court à un processus d’orientation qui demande toujours à être approfondi et remis en perspective au fil du temps face à de nouvelles rencontres et découvertes possibles.